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Michael Rottmann avant sa fuite

Caraïbes, Lichtenstein, Hong-Kong : l’aventure de Michael Rottmann est-elle une histoire à la James Bond. Avec plus de 500 000 visiteurs à Saarbücke le 3 Octobre et une performance nantaise gigantesque et réussie porte de Brandenburg à Berlin, aucun n’oserait noircir le tableau de la commémoration de la Réunification. Seulement, cinq jours après, c’est avec tout autant de symbolique que s’ouvre dans la capitale un procès pas comme les autres : Michael Rottmann est jugé devant le Landgericht de Berlin** pour abus de confiance. Il est soupçonné d’avoir fait perdre plus de 50 Millions de DM*** à la « Treuhand »*, l’organisme chargé de donner une deuxième vie aux entreprises nationalisées de la RDA dans le cadre de la réunification, et d’avoir détourné près de 240 millions de DM***.

 

 

Selon la police criminelle, l’affaire Rottmann est la plus importante affaire de fraudes de l’histoire post-Réunification.

La stratégie du marionnettiste Rottmann

 

L’entreprise Wärmeanlagenbau (WBB) qui avait le monopole des installations thermiques jusqu’à la chute du Mur devait être privatisée par la « Treuhand ». La WBB et ses 1200 employés étaient convoités au début de l’année 1991 par la Deutsche Babcock AG. Cette dernière envoya l’ingénieur Michael Rottmann à Berlin afin d’analyser la situation financière de l’entreprise est-allemande. Il en dresse un tableau catastrophique à la Deutsche Babcock qui n’est donc plus intéressée par son rachat. Chose plus surprenante, il « arrange » sa privatisation par une entreprise suisse (Chematec) pour seulement 2 millions de DM***, somme beaucoup plus modeste que celle que la « Treuhand » aurait pu en retirer.

Dans les péripéties WBB, Rottmann fait figure de marionnettiste. En effet, le 27 Janvier 1994, Rottmann écrit à « son cher John », un banquier américain que celui-ci sera dès à présent le nouveau directeur de l’entreprise. Avec des airs d’inspecteur gadget, il finit sa missive par « il est préférable de détruire cette lettre après avoir compris les consignes ». Il lui est reproché d’avoir détourné des sommes colossales soit en vendant des actifs de la WBB à vil prix à des entités tiers qu’il contrôlait ou en faisant acheter à des prix exorbitants à la WBB des sociétés elles aussi dépendantes de lui. La WBB a un bureau à Washington où Rottmann est le seul directeur, mais ce détail reste dans l’ombre et John est bien le pantin de Rottmann.

Par ailleurs, une piste asiatique s’ajoute à l’affaire. En effet, si Rottmann est marionnettiste, il aurait été censé être l’homme de paille des dirigeants de l’entreprise Asmura Investments basée à Hong-Kong qui contrôlaient par l’intermédiaire d’une société basée à Vaduz au Lichtenstein la Chematec, acquéreuse de la WBB. Pour des raisons non encore éclaircis, les dirigeants chinois souhaitaient rester dans l’ombre. Décidément, les lettres autour de la WBB sont toujours « croustillantes » : les hommes d’affaires avaient alors garanti à M. Rottmann que leur argent ne provenait pas « d’affaires criminelles ». La transaction se fait de manière fluide : Chematec achète donc la WBB pour 2 millions de DM*** et Asmura gobe Chematec par le biais d’une société immatriculée à Vaduz. Michael Rottmann reste donc à la tête de la WBB et y aurait multiplié les opérations immobilières dignes d’un escroc de haut vol jusqu’en 1995, date où l’entreprise accumule plus de 240 millions de DM*** de « dettes ».

 

 



La fin du voyage

La « Treuhand » porte plainte contre 26 personnes dont Michael Rottmann et Hans-Peter Gundermann, ancien manager de la Treuhand, pour abus de confiance en Juin 1995. Le mandat d’arrêt est comporte 55 pages. Les enquêteurs allemands travaillent en coopération aléatoire avec les autorités suisses. Cinq supposés coupables sont arrêtés mais Rottmann est toujours introuvable. Devant le manque de résultats concrets chacun se renvoie la balle mais en Allemagne, deux substituts du procureur ne lâchent pas l’affaire. Le mandat d’arrêt alors est internationalisé en Décembre 1996 et Michael Rottmann recherché par Interpol prend alors la fuite. Avec probablement quelques dizaines millions de Mark à l’abri, Michael Rottmann a pu faire voyager sa famille aux Caraïbes, peut être au Cap Vert et en tout cas à Londres où il fût arrêté en compagnie de sa femme et de leurs deux fils le 27 Septembre 2000, peu avant l’anniversaire de la Réunification allemande. Longtemps en régime de liberté surveillée en Grande-Bretagne, ce n’est qu’en Juillet 2009 que l’extradition a lieu. Le long périple de M. Rottmann s’est achevé à une adresse connue des services de police : Tiergarten, Alt-Moabit 12a. A 66 ans, il a troqué de force son yacht contre une cellule de la maison d’arrêt de Berlin.

Quinze ans après les faits, Michael Rottmann comparaît devant la justice fédérale. Le verdict final est attendu fin novembre. Une affaire similaire avait fait couler beaucoup d’encre en 2006 : Christian Neuling était aussi jugé pour fraudes liées à la « Treuhand ». Verdict ? Neuling est blanchi car considéré comme « malade physique et psychologique ». Quelques mois après il participe au marathon de Berlin qu’il finit en quatre heures et vingt-six minutes... chapeau bas.

 

 


Maud Koetschet

08-10-09

 

** Le Landgericht est comparable au Tribunal de Grande Instance

*** Taux de conversion officiel du Deutsche Mark à l’Euro = 1,95583 (soit pratique 1 euro = 2 DM)

 

 




Bâtiment de la Treuhand, ancien bâtiment de l'armée de l'air au temps de l'Allemagne nazie

 

*La « Treuhand » kézako ?

La « Treuhandanstalt » (appelée aussi « Treuhand »), fût fondée le 17 Juin 1990 après délibération de la Chambre du Peuple de la RDA. De fait, après la chute du mur, 8000 entreprises est-allemandes avaient un avenir plus qu’incertain étant donné le clivage juridique qui séparait les deux Allemagne amenées à n’être qu’une à très court terme. Le parti d’opposition « Demokratie Jetzt » proposa en Février la fondation d’une société fiduciaire dirigée par l’Etat. L’idée est retenue et un premier projet est mis en place dès le mois de Mars. Organisme finalisé en Juin, la « Treuhand » se voit la responsabilité de privatiser les entreprises nationalisées de l’Allemagne de l’Est ou, lorsque ce n’est pas possible, de les fermer ainsi que d’ « assurer l’efficacité et la compétitivité des entrepreneurs ». Près de quatre millions d’employés allemands voient ainsi leur destin décidé par la société fiduciaire. Cette dernière est placée sous tutelle du ministère des finances après la réunification et dissoute le 31 Décembre 1994. Devant la charge colossale qui lui fût confiée, la « Treuhand » a souvent eu une réputation sulfureuse de négligence ou de corruption.

M.K.

 

 








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