
On pourrait facilement se méprendre, voir dans ce premier film de la romancière Fabienne Berthaud (par ailleurs actrice et photographe) un docu-drama sur l’univers de la mode, version « circulez y’a rien à rêver ». Ce serait réducteur.
Frankie, c’est plutôt l’exploration d’une dépression, pas tout à fait ordinaire puisque Frankie, 85-58-87, est un mannequin professionnel qui flanche un mauvais jour de séance photo. Descente au purgatoire, direction l’HP. Flottement, temps arrêté. Retour sur image... Au fil des souvenirs de Frankie (une émouvante Diane Krüger), on recolle les morceaux. Cadrages serrés, contre-jours aveuglants, une bande-son (Coco Rosie) qui vous prend les tripes, un montage tout en contrastes… Le film respire au rythme des états d’âme de la belle Frankie, sans jamais tenter de les transcender. Avec audace, Fabienne Berthaud délaisse les profondeurs psychologiques pour mieux exprimer le chaos de son héroïne. Le résultat : un film à fleur de peau, original et attachant.
Interview :
Votre film est-il une dénonciation du milieu de la mode ?
Je n’ai jamais voulu faire le procès de la mode. Ce n’était pas le but du jeu. C’est l’univers psy qui a été le déclencheur de ce film. J’aime plutôt bien le milieu de la mode. J’y ai travaillé comme photographe. J’avais plus envie de parler de la fragilité d’une jeune femme confrontée à cet univers-là. Bien sûr, ce que je montre n’est pas forcément très positif… Mais c’est seulement parce que le film fonctionne avec les souvenirs que Frankie en a conservé. Elle ne se souvient que des mauvais moments.
Il n’en est pas moins surprenant qu’une agence comme Elite ait accepté de participer au film. Les convaincre a-t-il été difficile ?
Pas du tout. Eux aussi sont confrontés à ce problème-là. Ces jeunes filles qui rêvent et qui se gâchent la santé pour essayer de faire ce métier alors qu'elles ne sont peut-être pas faites pour ça. C’était intelligent de leur part de montrer l’envers du décor – une autre facette du milieu.
L’aspect documentaire, l’utilisation du numérique « post-Dogme », le morcellement narratif… Etait-ce un choix esthétique ou une nécessité qui s’est imposé à vous faute de vrais moyens?
Bien sûr, avoir plus d’argent aurait pu faciliter les choses. Mais j’ai toujours voulu tourner en numérique. J’ai aussi toujours voulu prendre la caméra, faire les cadres moi-même… Je voyais les scènes telles que je les ai tournées, les couleurs, les cadres…etc. On passait par son chaos mental, l’aspect déstructuré s’imposait.
Etait-ce important d‘avoir Diane Krüger, un « vrai » mannequin, pour incarner Frankie ?
Essentiel. Je voulais vraiment avoir l’aspect documentaire et pour cela il me fallait un mannequin avec le potentiel d’une actrice, plutôt qu’une actrice qui joue au mannequin. Un mannequin, ça se reconnaît dans la rue. Il fallait être proche de cette évidence. J’ai croisé Diane quand elle avait 15-16 ans, c’était alors une toute petite jeune .lle. J’ai suivi un peu son parcours, regardé ses photos… Quand je l’ai retrouvée lors du casting (elle voulait alors arrêter la mode et tenter de devenir actrice), elle s’est tout de suite imposée.
Et les trois ans de tournage, entrecoupés des va-et-vient de Diane Krüger entre Paris et Hollywood...
Rétrospectivement, je pense que cela a été le luxe du . lm. Si j’avais tourné sans interruption dans ces conditions, juste avec une assistante et un ingénieur du son… Ca aurait été physiquement impossible.
Diane Krüger consacrée par Hollywood, cela a dû être un sérieux coup de pousse ?
Le nom de Diane Krüger est évidemment porteur. Mais au début, en tant qu’actrice, elle était inconnue. C’était même mon handicap de départ. Mais au fur et à mesure qu’elle a gagné en popularité, c’est devenu un avantage. Au fond, si elle avait été inconnue, le . lm aurait fonctionné tout aussi bien et on y aurait en prime découvert une vraie actrice !
Propos recueillis par Elvira Frank
Frankie (version française soustitrée en anglais) le 2 juin à 19:00 (Cinéma Paris) et le 3 juin à 21 :30 (Filmtheater am Friedrichshain). En présence de Fabienne Berthaud.