"ce livre devrait me permettre de résoudre le conflit au Proche-Orient, d’avoir mon diplôme et de me trouver une femme"
La recherche du Bonheur reste une éternelle question. Les plus courageux pourront tenter de chercher une réponse auprès de Nietzche ou Spinoza. Les autres pourront s’aider du petit ouvrage illustré autobiographique de Sylvain Mazas.
Qui a dit que les jeunes d’aujourd’hui manquaient d’ambition ? Car de l’ambition, Sylvain Mazas n’en manque pas, en témoigne le titre de son livre illustré, Dieses Buch sollte mir gestatten, den Konflikt in Nah-Ost zu lösen, mein Diplom zu kriegen und eine Frau zu finden (ce livre devrait me permettre de résoudre le conflit au Proche-Orient, d’avoir mon diplôme et de me trouver une femme). Ce vaste projet est abordé avec simplicité et philosophie. L’ouvrage débute sur l’arrivée de l’auteur à Beyrouth et nous suivons ses pérégrinations libanaises. Son objectif est simple, être heureux et améliorer le monde qui l’entoure. A l’aide, de dessins, schémas, textes, Sylvain Mazas s’interroge sur lui-même et sur les autres afin de comprendre cette société dans laquelle nous vivons. Aucune naïveté ne s’échappe de ce journal-croquis mais une fraicheur et une sincérité, le tout teinté d’humour.
Cet ouvrage est publié par Mückenschwein, petite maison d’édition située à Stralsund, sur les berges de la mer Baltique. L’auteur et Mückenschwein ont fait le paris de diffuser ce livre à un prix défiant toute concurrence : proposer l’ouvrage à 5 euros. Avec un tel prix, la maison d’édition n’amasse guère de profit, elle ne peut que simplement rentrer dans ses frais. Mais cet argument de vente est un succès. Près de 7000 exemplaires se sont écoulés et ont permis à Mückenschwein, petite structure comportant 6 salariés, de se faire un nom dans le monde de l’édition.
Berlin – Stralsund / Typographe – Illustrateur, ou l’art d’équilibrer sa vie.
Sylvain Mazas, Chambérien d’origine, habite dans le quartier de Prenzlauer Berg mais partage son temps entre un travail de typographe à Berlin, et la maison d’édition à Stralsund. Bien que Prenzlauer Berg soit un « quartier créatif, où l’on ne s’ennuie jamais, ce n’est pas la vrais vie, et c’est très fermé malgré son cosmopolitisme », remarque ce berlinois d’adoption. Travailler à Stralsund, petite ville provinciale balnéaire, offre un « équilibre de vie » et permet de s’évader, quelques jours par semaine, de la capitale. Sylvain Mazas est devenu typographe par « masochisme » comme il aime à le répéter. Ce métier, méconnu du grand public, se révèle être « passionnant car justement ça n’intéresse personne ». Sylvain Mazas s’est spécialisé sur les typographies arabes, chantier qui reste à défricher car il existe près de 200 langues dans le monde qui utilisent l’alphabet arabe. Cette niche lui permet d’assouvir sa passion pour l’orient. Selon Sylvain Mazas, « La typographie, par sa dimension « méditative », n’est pas si éloignée de l’illustration car l’on peut passer une journée entière à dessiner un simple point ». Comme le dessin, la typographie est un travail sur les lignes, les courbes, l’équilibre et les balances.
« Une bonne idée remplace tous les matériels »
Lors de ses deux séjours au Liban, Sylvain Mazas s’est rendu dans des camps de réfugiés pour jouer de la musique avec les enfants. Il raconte comment il a choisi de faire avec les moyens du bord afin de rendre le projet encore plus intéressant : « bouteilles de plastique, bidons, tuyaux peuvent devenir toutes sortes d’instruments ». « Une bonne idée remplace tous les matériels » aime à rappeler l’illustrateur-typographe. Dans son « Plan über das Glucklischsein »* (Plan pour être heureux), disponible à la fin de son livre, la musique est indispensable dans sa recherche de bonheur. Jouer de la musique permet de pouvoir comparer les choses, donc mieux comprendre, donc d’être plus intelligent, donc de s’améliorer et donc d’être heureux. La logique est sans appel.
Orchestre Miniature in the Park
A Berlin, Sylvain Mazas continue ses expériences musicales en jouant du métallophone au sein de l’Orchestre Miniature im Park (OMP). Fondé il y a deux ans par le chanteur Klaus Cornfield, l’OMP est un ensemble de musiciens qui ne jouent qu’avec des instruments-jouets. Ce groupe à géométrie variable, entre 10 et 20 musiciens, est composé, entre autre, de flûtes à bec, mini-pianos, mélodicas, batterie pour enfant, petites guitares, ukulélés. Son répertoire musical est simple : toutes les chansons ensoleillées qui comportent le mot Sun, Summer, Sommer, Sonne, été ou soleil peuvent être jouées par l’OMP. Le concept de l’OMP, ses expériences musicales avec les enfants du Liban et la réalisation de son livre s’inscrivent dans un état d’esprit indispensable dans la recherche du bonheur et que Sylvain Mazas résume par, « faire le plus de choses possible avec le moins de moyens ». Ainsi parla Sylvain Mazas.