

Vivre ou revivre la Chute du Mur grâce à un mur temporaire de mille dominos géants, c’est ce qui sera proposé le 9 novembre prochain. Le 3 septembre dernier, a été saluée la coopération franco-allemande pour la décoration de douze de ces dominos.

Il est certain que le 9 novembre prochain, tous les yeux seront tournés vers Berlin. C’est en grandes pompes et autour de multiples manifestations que cette année 2009 fête la chute du Mur. La thématique à l´honneur s´illustre à travers toutes sortes d’événements : expositions, conférences, publication d’ouvrages, … Le plus spectaculaire d’entre eux sera sans doute la reconstruction d´un Mur de mille Dominos géants, entre la Potsdamer Platz et le Reichstag. Nombre de gens ont été conviés à préparer cet événement dont des français que le maire de Berlin, Klaus Worwereit a remerciés lors de la présentation de leurs douze dominos, le 3 septembre.
Alors que la chute du Mur est quelque chose d´essentiel pour ceux qui l´ont vécu, comment l´aborder avec les jeunes générations ?
Faire l'histoire :
Pour prendre conscience de ce qu´était Berlin avant et après le 9 novembre 1989, reconstruire un semblant de Mur et le voir s´ecrouler est ce qu´il y a de plus parlant. A Berlin, le rideau de fer a été matérialisé plus qu´ailleurs par la construction du Mur. Frontière perceptible puisque haute de 3,60 mètres ; pour marquer les esprits, il fallait jouer sur le visuel. C´est ce qui est proposé avec la mise en place de ce Mur temporaire. Un des atouts de cet événement est qu´il permet au spectateur de devenir acteur, Nous sommes tous invités à partager notre vision du Mur, du rideau de fer et au-delà de ça de la thématique de la frontière en décorant un de ces dominos.
Faire tomber un obstacle tel que le Mur a été une expérience humaine réunissant ceux qui avait été séparés. C´est pourquoi cette idée de la frontière et du rapprochement humain semble dès lors des plus actuelles, surtout en cette phase de digestion de l´abolition des frontières au cœur de la question européenne.


Abolir les barrières :
Ennemi devenu ami, le couple franco-allemand symbolise depuis les débuts de l´Europe l´idée du rapprochement des peuples et de la coopération. Quoi de plus naturel alors, de voir la France s´investir dans ce projet Dominoseffekt ? A travers trois ateliers et sous la direction artistiques de Cyril Olanier, Frédérique Loutz & Ernesto Castillo ainsi que Damien Deroubaix & Mael Nozahic, des binômes composés de jeunes francais et allemands ont pris en charge la décoration de 12 dominos. Le choix de ces jeunes artistes contemporains n´est pas lié au hasard : francais ou allemands leur formation s´est faite tant en France qu´en Allemagne. A l´initiative de ce projet se trouve l´Institut Culturel Français de Berlin, mais sans le soutien financier de l´OFAJ, les ateliers n´auraient pu voir le jour. Pour la directrice de l´Institut Francais de Berlin, Carine Delplanque : « l´intervention de la France renvoie autant à un projet culturel qu´historique. Au delà de l´aspect visuel de cette manifestation, ce qui est important c´est que des gens se rencontrent et créent un espace de discussion. Avant de commencer leurs réalisations, les jeunes se sont d´abord demandé ce qu´était une frontière et quelle signification donner au Mur ».
« Qu´est ce qu´une frontière ? », c´est la question que se sont posés Frédérique Loutz et Ernesto Castillo avec leur groupe de travail. Ils l´ont abordé à travers la barrière que peut être une langue. Faire travailler des francais et des allemands posait d´ores et déjà la question de la communication. Ils ont donc orienté leur démarche vers les jeux de mot. Traduire une expression consacrée d´une langue vers une autre peut parfois se révéler impossible et c´est ainsi que l´on se retrouve face à un mur syntaxique. Mais il est évident qu´au vue des événements de cette matinée du 3 septembre 2009, la coopération franco-allemande a été une réussite. Le maire de Berlin, Klaus Worwereit et l´ambassadeur de France, Bernard de Montferrand sont tous deux venus saluer l´aboutissement de ce projet devant la Rotes Rathaus. En commissaire chargé de la coopération culturelle franco-allemande, Klaus Worwereit précise dans son discours : « ce projet était aussi déterminant pour amener les jeunes à s´intéresser à leur histoire récente, mais aussi à envisager les frontières européennes comme autant de murs à faire tomber. » Comme point d´honneur à cette entreprise, la danseuse francaise Caroline Bo a excécuté une performance entre les douze dominos. Le public peu nombreux et la pluie glacée ne semblent pas avoir dérangé la danseuse. Tant mieux ! Son improvisation créant un peu de surprise au cours de cette rencontre très officielle.
Notons néanmoins que l´initiative Mauerfall est un franc succès puisqu´elle a atteint une dimension internationale. Le projet Dominoseffekt a suscité l´intérêt de par le monde et des personnes de diverses nationalités sont venues exposer leur vision de l´Histoire sur ces dominos. Autour du Mur ont donc été réunis nombre de gens tant en 1989 qu´en 2009. Ainsi, comme le souligne Frédérique Loutz : « on peut faire tomber les murs et en faire des ponts ».
Mathilde Frézouls
08-09-09