imprimer   04.02.2012 
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Fin avril, le BBI (Institut de Berlin-Brandebourg pour la coopération franco-allemande en Europe) m’a invitée à faire une lecture à Genshagen dans le cadre d’un colloque de deux jours consacré à l’humour. Là-bas, je me suis rendue compte que je n’étais pas drôle. Mais alors pas du tout. Du coup, je suis allée vérifier dans le dictionnaire. Là j’ai compris. Pour le Robert, l’humour est la « forme d’esprit consistant à présenter la réalité de manière à en dégager les aspects insolites et plaisants ». Par contre, le Duden pense que c’est la « capacité d’un être humain à se confronter avec une désinvolture enjouée à la médiocrité du monde et de l’humanité ainsi qu’aux difficultés et aux mésaventures du quotidien ». En d’autres termes, les Allemands nomment « humour » ce que les Français appellent « cynisme ». Voilà pourquoi nos voisins teutons sont accusés d’en manquer: ils ne le pratiquent pas selon la définition française, comme un divertissement insouciant et un tantinet enfantin. Et c’est bien cette légèreté qui fait que dans les situations difficiles, la plaisanterie prend fin en France. Or c’est justement là que l’humour allemand commence. En Allemagne, on pourrait dire que la vie n’est supportable qu’à condition de ne pas la prendre trop au sérieux. En réalité, l’humour est partout. Les exemples abondent. Depuis que la prostitution a été légalisée le 1er janvier 2002, une demandeuse d’emploi peut se voir retirer ses indemnités chômage si elle refuse un emploi dans un bar d’hôtesses. Hilarant. Regardez comment le pays se prépare à la Coupe du monde de football, levez les yeux sur la Tour de la Télévision, promenez-vous devant le Reichstag ou près de l’Olympiastadion. Heureusement que les Allemands ont le sens de l’humour. Haki Simsek se frotte les mains : sans cela, comment aurait-il pu baptiser son méga-bordel « Artemis », du nom de la déesse grecque ayant fait vœu de chasteté et de virginité ? C’est à trois stations de S-Bahn du stade olympique, derrière un magasin de pneus, que s’étale cet hypermarché du sexe pouvant accueillir 650 clients sur 3 000 m². Près de chaque stade, des zones clôturées de la taille d’un terrain de foot abritent également des sortes de WC appelés « cabines de prestation ». Parkings, douches et préservatifs sont mis à disposition avec un souci particulier de protéger l’anonymat des clients. Pour rentabiliser ces investissements, on s’apprête à importer 40 000 femmes supplémentaires issues en majorité des pays de l’Est. Hilarant je vous dis. Reste à espérer que le ballon traverse les corps de part en part sans faire de blessures, comme les balles allemandes pendant la première guerre mondiale. C’était dans certains journaux français de l’époque. En 1915, cette propagande avait motivé la création du Canard enchaîné, lequel certifiait dans son premier édito: nous promettons de ne jamais vous donner une seule information qui soit vraie. Ma chronique fera de même. Jamais. Promis. Dommage, j’aurais quand même bien aimé participer aux festivités de la Coupe du monde. Malheureusement, je ne serai pas là, j’ai sous-loué mon appartement pour quatre fois son prix. Je vous avais prévenus, je ne suis pas drôle.

 

Céline Robinet

 

*Céline Robinet, auteure, slameuse et traductrice, vit de sa plume à Berlin. Elle a publié son premier recueil de nouvelles:"Vous avez le droit d'être de mauvaise humeur, mais prévenez les autres!" au Diable Vauvert en 2005.

 

Voir aussi:

>> Le cinéma allemand sur la croisette

>> +++ Perspectives - Première - Club +++

>> Cannes est fini, vive Berlin!

>> Frankie, les tourments d'un top-model

>> La mer gelée, revue littéraire franco-allemande

>> Petite histoire de la Gazette de Berlin - Partie 1

>> Interview de Tiken Jah Fakoly








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