Conférence à Berlin sur les violences sexuelles faites aux mineurs à travers les nouveaux médias, le 30 juin 2009.
Après le Danemark, la Finlande, la Grande Bretagne et Monaco, c’est au tour de l’Allemagne d’ouvrir la voie au filtrage Internet dans le cadre de sa lutte contre la pornographie infantile. La France pourrait bien être la prochaine sur la liste.
« Le combat contre la pornographie ne peut être qu’international » a déclaré le 30 juin, Nadine Morano, la Secrétaire d’État française de la famille, lors de son passage à Berlin. Invitée par son homologue allemande, Ursula von der Leyen, à la Conférence européenne contre les violences sexuelles faites aux enfants à travers les nouveaux médias, Nadine Morano a rappelé l’importance de la collaboration entre les deux pays dans la lutte contre la pornographie infantile. En Allemagne, plus de 60% des enfants de 12 à 19 ans surfent régulièrement sur le net, le travail de prévention auprès de ces jeunes est donc une priorité. « Nous devons les sensibiliser dès le plus jeune âge car Internet n’est pas seulement une source d’information, d’amusement et de divertissement mais c’est aussi là que les dangers guettent» a affirmé Ursula von der Leyen lors de la conférence.
Ursula Ven der Leyen, Ministre de la famille (CDU).
Blocage autorisé de certains sites en Allemagne
Cette conférence intervient quelques semaines seulement après l’adoption par l’Allemagne, le 18 juin dernier, d’une loi rendant possible les coupures et blocages d’accès aux sites jugés répréhensibles, dans le but de protéger les enfants de la pornographie. Ce projet de loi a été défendu par la Ministre de la famille allemande, Ursula von der Leyen. « L’objectif doit être de supprimer les images de pornographie infantile, identifier les auteurs et d’aider les victimes » a-t-elle déclaré en présence du Directeur d’Europol, Rob Wainright et de Kathrin Weiband, la directrice de l’organisation Save The Children.
Affiches réalisées par l'opposition pour dénoncer la censure imposée par la loi.
Un projet renommé « Stazi 2.0 »
Le filtrage des sites répréhensibles initié par Ursula von der Leyen, surnommée par ses détracteurs « Zensursula » (contraction entre Censure et Ursula), a provoqué de nombreuses inquiétudes en Allemagne car la liste noire des sites à bloquer n’est gérée que par cinq personnes de la BKA (la police fédérale allemande) et supervisée par un délégué national à la protection des données privées. Une pétition lancée par une jeune berlinoise de 29 ans, Franziska Heine, contre ce projet a recueilli près de 135 000 signatures. Mais cette forte mobilisation n’a pas empêché l’adoption du texte dans la nuit du jeudi 18 juin, par 389 voix contre 128. Les fournisseurs d’accès à Internet avaient accepté le principe de cette loi dès le mois d’avril 2009.
Ursula Ven der Leyen (Ministre de la famille allemande) aux côtés de Nadine Morano (Secrétaire d'État à la famille française), le 30 juin 2009.
Vers une loi similaire en France?
Après le controversé projet Hadopi, la France s’oriente elle aussi vers le filtrage des contenus sur Internet dans le cadre de sa lutte contre la cybercriminalité. Présenté en Conseils des Ministres le 27 mai dernier, l’article 4 du projet de loi Lopsi II (Loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure) prévoit d’imposer aux fournisseurs d’accès le blocage des sites inscrits sur une liste noire fournie par le ministère de l’intérieur. Les fournisseurs qui dérogeront à la règle devront s’acquitter d’une amende pouvant aller jusqu’à 75 000 euros. Si la lutte contre la pédo-pornographie fait l’unanimité dans l’opinion publique, le projet de Michelle Alliot Marie, la Ministre de l’intérieur, suscite les mêmes inquiétudes qu’en Allemagne. Selon les opposants, il serait préférable d’augmenter les moyens humains pour lutter contre ce fléau et agir directement auprès des auteurs de ses sites plutôt que d’ouvrir la voie à des erreurs et des possibles censures comme l’a prouvé la récente expérience australienne. Le 26 mai dernier, le gouvernement australien a en effet reconnu que seulement 32% des sites bloqués contenaient des images ou des vidéos à caractère pédo-pornographique. Les risques de « sur-blocage » sont donc extrêmement importants.
"Vous aimez les enfants plus qu'ils ne vous aiment?" Campagne réalisée par la Charité de Berlin.
Des spots TV plus efficaces
Au final, ce sont les techniques « traditionnelles » de prévention qui semblent être les plus efficaces à l’exemple de la campagne télévisée diffusée en Allemagne fin 2008 et intitulée « Wo ist Klaus ? ». Sur ce clip d’un peu plus d’une minute on pouvait voir une mère ouvrant tour à tour la porte de sa maison à un groupe d’hommes armés jusqu’aux dents, à des jeunes femmes en tenue légère, à un robot destructeur et pour finir à un homme d’un certain âge visiblement attiré par les enfants, tous demandant à monter dans la chambre du petit Klaus. Symbole de la collaboration entre les deux pays, le clip a été traduit et repris de manière intégrale en France sous le titre « Où est Arthur ? ». Plus osée encore, une campagne d’affichage publicitaire a été réalisée en Allemagne en 2005 pour fournir de l’aide aux pédophiles désireux d’être soignés. Dans le spot télévisé, on pouvait voir un homme assis dans le métro à côté d’une mère de famille et des ses deux enfants. Le téléspectateur pouvait entendre le pouls de l’homme battre de plus en plus vite mais non pas pour la mère, pourtant très jolie, mais pour son jeune fils. « Aimez vous les enfants plus qu’ils ne vous aiment ? » pouvait-on entendre à la fin de ce spot télévisé. Cette campagne choc, réalisée par la Charité, avait pour but d’encourager les hommes qui ressentaient des penchants pédophiles à consulter et à suivre gratuitement un traitement à l’Institut de médecine sexuelle de Berlin. « Je pense que l’idée de cette campagne est bonne. Faire prendre conscience aux pédophiles qu’ils sont malades est une bonne chose » a déclaré Nadine Morano. La Secrétaire d’État à la Famille s’est dite prête à prendre exemple sur l’Allemagne dans ce domaine lors de son passage à Berlin.
Plus d’un million de films impliquant des enfants en circulation
Actuellement, « plus d’un million de films à caractère pornographique impliquant environ 50 000 enfants circulent sur Internet. Sur ces 50 000 enfants seuls 900 ont pu être identifiés » a déclaré la directrice de l’organisation Save The Children lors de la conférence de Berlin. Dans le monde, près de 90 pays n’ont toujours pas de législation pour empêcher ce type de sites et de pratiques, la situation est donc préoccupante et nécessite une réponse rapide des pouvoirs publics.