

Parmi les plus importants dirigeants européens, aucun n’a pour l’instant réussi à tirer son épingle du jeu depuis le début de la crise financière. Rapide tour d’horizon sur le paysage européen et mondial en crise.
Dans l’incapacité de développer une approche commune pour relever la tête, pour s’opposer aux intérêts financiers américains et pour les concurrencer, les nations européennes réagissent de plus en plus en recourant à un nationalisme économique ; terme qui était, il n’y a encore pas si longtemps, banni du langage « européennement » bien pensé des chefs d’Etat. « A l'ère de la mondialisation, si nous voulons défendre nos intérêts et nos valeurs, nous devons le faire ensemble en tant qu'Européens. » déclaraient d’une seule voix Nicolas Sarkozy et Emmanuel Barroso, le 14 juillet 2008.
Pourtant, dans une Europe post-moderne, cette crise démontre que la politique est toujours enracinée dans les Etats nationaux, au sein desquels les dithyrambiques déclarations de solidarité ont fait place à une politique européenne ébréchée par des pressions politiques nationales .
Comment les chefs de ces Etats nations pourraient-ils harmoniser l’orchestre européen si chacun, à sa manière a pris partie de s’accorder à son propre diapason ?
Le premier violon, Gordon Brown, a estimé que seule une pression exercée par l’Etat était en mesure de sortir les banques privées du cercle vicieux dans lequel elles se trouvaient en diminuant temporairement la TVA, de 17,5 % à 15 %, mesure censée relancer la consommation. Payer moins de taxes tout en acquérant des biens de consommation peut contribuer à renforcer la demande intérieure.
La diva. Le gouvernement allemand, de la chancelière Angela Merkel, n’a pas entendu d’une bonne oreille la décision anglaise, accusant ce dernier d’avoir recours « un keynésiasnisme extrême » léguant ainsi un lourd héritage aux générations futures.
La chancelière a rejeté fin mars un deuxième plan de relance, estimant qu'il fallait attendre de voir les effets des 80 milliards d'euros débloqués par son gouvernement pour lutter contre la crise.
Qu’en est-il alors du ténor français Nicolas Sarkozy ? Entre ténor et diva l’entente reste toujours délicate, « le je t’aime moi non plus » que se lancent depuis des mois la chancelière et le président ne fait qu’alourdir une réaction européenne commune.
Selon l’hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné, le Président de la République française aurait fait des remarques cinglantes sur le comportement égoïste d’Angela Merkel : l’accusant de se concentrer sur les difficultés internes et tentant de sauver principalement de la faillite le système bancaire allemand.
A ceci s’ajoute le tintamarre latent du trombone italien, Silvio Berlusconi qui aurait tendance à irriter ses partenaires européens, les réactions d’agacement de la Chancelière allemande ont été particulièrement remarquées au sommet du G20. « En Europe, personne n'a fait plus que nous face à la crise », a affirmé Silvio Berlusconi, à l'issue d'une réunion gouvernementale le 5 mars dernier.
En 2007, l’excédent commercial allemand s’est élevé à plus de 250 milliards de dollars. En 2008, en dépit de la crise, l’OCDE s’attend à un montant légèrement inférieur d’environ 230 milliards de dollars. Comme le remarque très justement le professeur Heribert Dieter du Cerfa « celui (Allemagne) qui a retiré de grands bénéfices d’un système hier peut aussi jouer un rôle plus important lorsque l’ensemble dont il a profité connaît la crise. »
Au Etats-Unis, avec 838 milliards de dollars un programme conjoncturel à hauteur de 6% du PIB a été enclenché en février. Si cette mesure du chef d’orchestre Barack Obama avait son équivalence en Allemagne cela représenterait le triple des dépenses envisagées.
Petites initiatives pour grand projet. La crise doit être pour l’Union Européenne un enclenchement permettant de lancer des projets concrets et communs. La prime à la casse en est l’exemple, mais là encore, une harmonisation au niveau européen serait plus bénéfique. Il ne reste plus alors qu’aux musiciens, diva, ténor…d’interpréter la même partition, en espérant que cette dernière ne devienne pas une symphonie en « crise » majeure inachevée.
Aurore Guérin
13-05-09



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