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Reynold Reynolds : « A Berlin, c’est l’échange culturel qui compte »

L’artiste américain Reynold Reynolds vit entre Berlin et New York depuis près de 5 ans. Mais c’est dans la capitale allemande qu’il a décidé de développer son art, principalement axé sur des installations vidéo. Il nous explique ses choix.

 

Pourquoi êtes-vous venu à Berlin ?

 

Je suis venu il y a 5 ans grâce à un droit de résidence obtenu au centre Bethanien. Mais au départ ce n’était pas vraiment un choix, car je ne connaissais rien à la ville. J’avais fait plusieurs demandes et c’est Berlin qui m’a accepté.

 

En tant qu’artiste, que représente la possibilité de vivre à Berlin ?

 

Je pense qu’actuellement c’est la ville la plus intéressante, celle où il faut être car il y a tellement de gens, provenant des quatre coins du monde, qui viennent ici. C’est une ville cosmopolite. De plus, il y a ici une situation économique vraiment inhabituelle : les loyers sont bas et l’espace offert est immense. C’est sûrement la conséquence du croisement historique et culturel présent ici. Mais le plus important c’est, qu’ici l’argent n’est pas maitre comme à Londres ou New York, qui sont des villes fondée sur les finances et le pouvoir des banques.

 

Est-ce que Berlin a changé votre vision artistique ?

 

Je pense que la scène artistique telle qu’elle existe ici, avec autant de musées et de galeries, ne peut que la changer d’une certaine façon. Il ne s’agit pas d’un changement radical mais disons que ma vision a été enrichie. En fait, mon travail évolue d’une façon assez naturelle mais ici il y a plus de motivation. Par exemple à New York, c’est l’aspect commercial qui prime, c'est-à-dire que l’art n’est pas reconnu en soit mais plutôt le succès. Et à un moment donné, c’est quelque chose qui a commencé à me peser car j’ai eu le sentiment qu’il n’y avait pas de place pour mon travail qui demande beaucoup d’espace aussi bien dans une galerie que dans un studio. De plus, je n’avais pas beaucoup d’acheteurs intéressés, car ils se concentraient uniquement sur l’art qui se vend super bien. D’ailleurs, c’est simple, là-bas les gens ne parlent que de l’art qui se vend ! Alors qu’à Berlin, il y a tant d’endroits et d’échanges artistiques que la question du prix ne se pose pas. C’est l’échange culturel qui compte.

 

Donc, cela motive à la création ?

 

Berlin m’a rendu confiant et il m’est devenu beaucoup plus facile de montrer mon travail. Et le fait de pouvoir admirer les œuvres de tant d’artistes si différents les uns des autres, ça aussi c’est intéressant. Car quand tu ne vois que des créations qui marchent et qui ne sont que commerciales, comme à New York, tu finis par n’être influencé que par ça et ton esprit créatif s’efface. Alors qu’à Berlin, même l’art qui ne se vend pas a sa chance, donc ça fait de toi un meilleur artiste.

 

Dans un contexte où l’on parle beaucoup de la politique américaine, êtes-vous pour Obama ou Mc Cain ?

 

Je suis sûr qu’Obama va gagner ! Et si c’est Mc Cain, je ne crois pas retourner un jour aux Etats Unis (rires).

 

Si c’est Obama, quels sont les changements que vous attendez ?

 

Je crois que là assez c’est clair : le pays a de nombreux problèmes qui sont au-delà des problèmes financiers ! Rien que ces dernières années, il y a déjà eu 2 guerres et personnes ne semblent l’avoir même remarqué ! Si on ajoute à cela la stratification entre riches et pauvres et les problèmes d’éducation dont tout le monde se moque aussi, c’est juste totalement dément ! L’Amérique doit changer et ça lui prendra au moins une génération pour réaliser ça. Et le fait qu’Obama soit là, c’est déjà un indicateur qui prouve que le pays souhaite ce changement.

 

Votre certitude sur la victoire d’Obama n’est-elle pas influencée par votre vision européenne qui le donne gagnant ? Est-ce réellement une opinion collective en Amérique ?

 

Je ne crois pas… Le pays s’est effondré avec la politique républicaine, ce qui implique que les supporters de Mc Cain sont beaucoup plus réservés et ils n’iront peut être même pas voter ! Alors que ceux d’Obama sont plus déterminés car, étant dans l’urgence d’un changement, ils sont plus enclin à voter et à encourager leur entourage à faire de même. Je suis sûr qu’Obama va largement dominer et d’ailleurs s’il n’y avait pas la question du racisme il pourrait avoir facilement 65% des votes.

 

Avec 65%, que deviennent les 35% qui restent ?

 

Pour certains d’entre eux, ça sera l’apocalypse ! (rire). Mais je pense que c’est une question de génération ! Il y a encore du racisme dans certains Etats mais, je crois que cela concerne plutôt la vieille génération qui a grandi dans un environnement ayant connu la ségrégation raciale notamment à l’école. Ils ont maintenant une vision polarisée, une vision en noir et blanc. Mais aujourd’hui, ils sont vieux et vont bientôt mourir, non ? (rire)

 

Croyez-vous que l’art est ou doit être politique ?

 

L’art utilisé à des fins politique est chiant ! D’ailleurs, ce n’est plus de l’art mais de la propagande ! Et même si c’est pour une bonne cause, ça reste de la propagande et je n’aime pas ça.

 

Propos recueillis par Letizia Mariotti

 

Reynold Reynolds « Life and machine » à la galerie Coma de Berlin jusqu’au 14 novembre.

 








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