

Les œuvres (peintures et sculptures) de l’Américain Jeff Koons se donnent à voir en ce moment à Berlin. Plus de 300 journalistes pour une conférence de presse de star. L’artiste contemporain le plus cher du monde qui a retenu l’intérêt des collectionneurs les plus fortunés et prestigieux (notamment le dirigeant français de L.V.M.H. François Pinault) maîtrise à la perfection les contingences modernes de la communication. Avec „Jeff Koons. Celebration“ il s’agit de réinterpréter un kitsch débridé et interpellant. Difficile de ne pas céder à la fascination de ces imposantes sculptures brillantes, légères et massives.
Avec ces jouets pour les yeux c’est un véritable festival chromatique se référant à l’univers de l’enfance et du luxe. Les tableaux eux aussi surdimensionnés sont en revanche beaucoup plus sobres et dans une palette plus conventionnelle.
Dans les deux cas, ludiques et jubilatoires ces œuvres sauront nourrir la polémique entre ceux qui ne voient qu’un « faiseur » astucieux et ceux qui célèbrent l’avènement d’un artiste authentique et novateur.
Fin de matinée, rez de chaussé de la Neue Nationalgalerie, 24 heures avant l’ouverture au public le plasticien perfectionniste déambule entre ses sculptures, sa silhouette s’y reflète, il inspecte les derniers détails. Des équipes de télévision attendent, mais l'artiste a choisi d'amorcer la journée avec La Gazette. Éclectique et ponctuel M.Koons a bien aimé l'idée d'un journal francophone en Allemagne, l’entretien peut commencer. Au-delà d’une élégance irréprochable, lisse et sans accroc semblable à ses œuvres, ce qui est marquant quand on rencontre Jeff Koons c’est son affabilité désarmante, le sourire et la douceur dans l’élocution…
La Gazette : Vous voulez « populariser l’art comme les Beatles ont popularisé la musique ». Aimeriez-vous décliner sous forme de marchandising, de produits dérivés vos créations ?
Jeff Koons : Voyez-vous, je n’ai aucun intérêt pour le produit. Je pense que l’on n’atteint pas les gens à travers la distribution de produits mais à travers des idées. C’est le concept qui m’intéresse, pas le produit. Dans la vie, j’ai de l’estime pour les gens et les relations, non pas pour les objets.
La Gazette : Quel est le lien entre vos sculptures et vos tableaux ?
Jeff Koons : Pour les deux supports, le processus de création se fait par l’intuition. Je représente ce qui suscite mon intérêt. Je me concentre sur ce point d’intérêt. Et c’est là qu’on atteint le moment d’art : en suivant ces intérêts et en les développant. Si l’on suit ce processus, alors, on touche à la métaphysique.
La Gazette : Vous avez dit « avoir déjà un doigt dans l’éternité ». Peter-Klaus Schuster* inscrit votre exposition dans le cadre du concept du « culte de l’artiste ». Vous exposez actuellement au château de Versailles. Vous venez d’achever une exposition au Metropolitan Museum de New York et vous voila ici à la Neue Nationalegalerie aux côtés de Paul Klee. Vous êtes célèbre et célébré de votre vivant, vous êtes sensible à ces marques de reconnaissance ?
Jeff Koons : Vous savez, je suis conscient que c’est une année merveilleuse pour moi : être dans ces trois lieux prestigieux et cela dans la même année !
Je suis ravi d’être ici. A plusieurs reprises, j’ai exposé mes œuvres les plus récentes à Berlin. Les tableaux présents ici en ce moment je les ai achevés il y a quelques jours seulement. Il y a 10 ans, j’ai exposé mes derniers tableaux du moment au Guggenheim allemand.
La Gazette : Mais est-ce essentiel pour vous de vous inscrire dans l’Histoire de l’Art ?
Jeff Koons : Ce serait un honneur pour moi et j’en serais ravi. Mais le plus important pour moi est d’entretenir un dialogue avec les artistes et avec l’art. J’aime l’art compris à travers l’histoire des hommes. Et quand vous entrez dans un dialogue et que vous aimez l’histoire de l’art, vous voyez ces interconnexions et vous communiquez avec Manet, Courbet, Fragonard, Poussin et Venus de Willendorf. Sans même vous en rendre compte, vous vous retrouvez au cœur de ce dialogue et vous ressentez ce que cela faisait de vivre à telle ou telle époque.
La Gazette : Pour revenir au culte de l’artiste. J’ai assisté à un étrange spectacle hier. Des personnes se prenaient en photo à côté de vous sans qu’aucun mot ne soit échangé. Ils passaient les uns après les autres et vous, vous étiez toujours très souriant et très aimable. Ce spectacle semblait irréel. Vous étiez un peu comme un objet…de culte ! Que pensez-vous de cette relation à l’artiste ?
Jeff Koons : Je pense que les artistes doivent se rendre accessible aux médias, faire connaître leur œuvre. Il est très important de faire en sorte que les médias ne s’y perdent pas. Ce qui importe est de créer l’œuvre. En ce qui me concerne, je suis plutôt en retrait. Je ne suis pas intéressé par la célébrité dans le seul but d’être célèbre. J’ai toujours essayé de faire connaître mon œuvre. Mais je n’ai vraiment pas l’ego sec de l’homme célèbre.
La Gazette : Votre exposition à Versailles** a suscité de vives réactions. Certaines personnes se sont dites choquées. Que répondez-vous à ces réactions ?
Jeff Koons : Au début, j’ai été assez surpris car je n’étais pas au courant de la polémique ; du fait que certaines personnes pensent que l’environnement de Versailles doit être maintenu dans un état figé. Je respecte ce point de vue, mais l’œuvre n’est exposée que temporairement, et ce, jusqu’à janvier. A travers l’œuvre, je n’ai en aucun cas voulu manquer de respect. Il s’agit d’intégrer l’œuvre dans l’environnement, de l’incorporer dans l’harmonie des lieux et de la faire communier avec les autres œuvres. Et je pense que cela a très bien fonctionné. Nous avons eu une attitude très protectrice à l’égard des lieux. Sur une base temporaire, nous n’avons d’ailleurs utilisé qu’un meuble pour lequel nous étions sûrs qu’il n’aurait pas à en souffrir. Nous avons donc été très respectueux envers Versailles. C’est un grand honneur pour moi que l’on m’ait offert cette chance.
La Gazette : Baudelaire a dit : « Il n’y a pas de hasard dans l’art ». Or, comme vous le savez, Kunst signifie art en allemand. Koons…Kunst…que suscite chez vous cette quasi homophonie, cette coïncidence ?
Jeff Koons : J’ai toujours trouvé cela formidable. Je suis probablement devenu artiste car mon père était décorateur d’intérieur. C’est lui qui m’a initié à l’esthétique. Je me rendais dans son magasin et je voyais toutes ces couleurs, ces textures et ces objets : des lampes, des tables, des chaises... Et je me suis rendu compte que la combinaison des éléments affecte votre manière d’être. Mes parents m’ont toujours soutenu dans mes entreprises artistiques et m’ont aidé à me créer. Alors, pour moi Koons et Kunst ne font qu’un.
Propos recueillis par Régis Présent-Griot
Le 5-11-2008
*Peter-Klaus Schuster est directeur général des Musées d’état de Berlin (Staatlichen Museen) et directeur de la Nationalgalerie.
**exposition des œuvres de Jeff Koons au château de Versailles jusqu’au 4 janvier 2009 www.jeffkoonsversailles.com
11 Sculptures : Neue Nationalgalerie, Potsdamer strasse 50, 10785 Berlin, du 31 octobre au 8 février, mardi, mercredi et vendredi : de 10h à 18h, vendredi jusqu’à 22h, samedi et dimanche : de 11h à 20h 8 € / 4 € www.neue-nationalgalerie.de
(mécène : e-on www.eon.com/de/unternehmen/25822.jsp )
5 Tableaux : Galerie Max Hetzler, Zimmerstrasse 90/91 10117 Berlin, du 30 octobre au 6 décembre, du mardi au samedi, 11h-18h www.maxhetzler.com


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Merci Laurent pour cette lecture vigilente!
Correction apportée.
une toute petite correction, c'est François Pinault et non pas Bernard Arnault qui est l'homme d'affaires français qui collectionne l'oeuvre de Koons. Etant donné l'inimitié entre les deux hommes, il est probable qu'Arnault deteste cet artiste...
ca c'est sûr on ne peut pas dire qu'il ne maîtrise la com!
mais bon c'est un art aussi ca!