Tu ne paieras point ton lycée
Nicolas Sarkozy souhaite la gratuité des enseignements dans les lycées de l’étranger. Bonne idée en apparence, pour montrer aux expatriés que la France est toujours à leurs côtés, mais en ces temps de déficits budgétaires exponentiels, cette décision ne risque-t-elle pas de coûter encore très cher ?
C’était une des promesses de campagne du candidat Nicolas Sarkozy : d’ici 2020, la scolarité dans les lycées français à l’étranger doit devenir gratuite pour les expatriés. Cette promesse va pourtant coûter cher. 720 millions d’euros, selon une étude du ministère des Affaires Étrangères révélée par le Canard Enchaîné le 13 juillet dernier. Bernard Kouchner profite alors de cette révélation pour faire part de ses « réticences » et vante le modèle actuel qui attribue des bourses aux familles dans le besoin. Il évoque même des connaissances qui, parce qu’elles gagnent « plus de 500 000 euros par an », pourraient très bien continuer à payer.
Le livre blanc sur la politique européenne et étrangère de la France remis le 24 août à Nicolas Sarkozy par Alain Juppé et Louis Schweitzer va dans le même sens. Même si eux n’estiment le coût final qu’à 300 millions d’euros par an, ils considèrent également qu’il est « indispensable de reconsidérer la gratuité ». Une gratuité qui commence déjà à être mise en application. D’ici à 2020, à raison d’un niveau par an, tout le système sera reformé. À la rentrée 2008, les élèves de terminale et de première sont ainsi déjà concernés.
Cette gratuité pose aussi des questions de justice face à l’impôt. Est-il juste d’assurer une scolarité gratuite à des enfants d’expatriés souvent non soumis à l’impôt en France ? D’ailleurs, tous ces frais étaient déjà souvent pris en charge par les entreprises des parents expatriés. Si l’état français se met à les payer, il y a peu de chance qu’elles continuent à proposer ces avantages à leurs salariés.
Selon l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger, qui chapeaute et contrôle les lycées français dans le monde, il y avait également une autre raison. Pas très à jour, elle affiche ainsi toujours sur son site que la scolarité en lycée français à l’étranger « ne revêt aucun caractère obligatoire, mais est le résultat d'un choix de la part des familles ».
La gratuité devrait toutefois réjouir de nombreuses familles françaises en Allemagne. Du moins celles qui scolarisent leurs enfants aux lycées français d’Hambourg, Düsseldorf, Francfort et Munich ou au collège Voltaire à Berlin. Les 3000 à 4000 euros annuels demandés par ces établissements ne devraient bientôt n’ être qu’un vieux souvenir.
Mais résultat de l’amitié franco-allemande, nombre de Français ont toujours pu suivre une scolarité française gratuitement. A Berlin, le lycée français est ainsi gratuit pour tous depuis sa création (voir article page 1). Mais aussi à Sarrebruck et Fribourg où les lycées franco-allemands délivrent le bac franco-allemand, à différencier de l’Abibac. Plus de matières passées dans la langue étrangère « assurent un meilleur bilinguisme que l’Abibac » assure Jean-Paul Seitz, proviseur du lycée de Sarrebruck. Attention cependant si « ce lycée a vocation à accueillir tout francophone habitant en Sarre », le niveau de langue exigé peut contraindre certains Français à aller s’inscrire ailleurs. « Mais on essaye toujours de trouver une solution en interne » assure toutefois Jean-Paul Seitz.
Les lycées franco-allemands (Sarrebruck et Fribourg en Allemagne, Buc en France) ont été créés à la suite du traité de l’Elysée de 1963. En 1973, la création du bac franco-allemand est venue compléter cette formation. Ces lycées sont tous entièrement publics. Tous les frais sont pris en charge par les Länder pour l’Allemagne et par l’Etat en France. La réforme aura donc au moins un mérite pour les familles françaises installées en Allemagne : rétablir l’égalité.
Jean-Baptiste Chastand
Le 6-10-2008
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Ceux qui cassent en permanence du sucre sur le dos de Sarkozy pourraient reconnaître que là les choses vont dans le bon sens!
Et qu'une fois de plus Nicolas Sarkozy tient ses promesses!