

Richard Avedon est sûrement l’un des plus grands noms de la photographie du 20e siècle. Des clichés de mode aux portraits, il n’a cessé de boulverser les codes de sa profession. Sa première rétrospective en Allemagne sera exposée au Martin Gropius Bau, à partir du 19 octobre 2008.
Les préjugés ont la peau dure. C’est ainsi qu’on range souvent Richard Avedon dans la catégorie des photographes de mode. Or il suffit de traverser la rétrospective « Richard Avedon – Photographies 1946-2004 », pour comprendre qu’on ne peut pas réduire le travail de cet artiste au seul monde de la haute couture.
Certes, on ne peut pas passer outre le fait que ce New Yorkais de naissance a commencé sa carrière dans le magazine de mode américain « Harper’s Bazaar » en 1946 avant de rejoindre l’équipe de Vogue en 1966. Mais Avedon n’est pas un photographe de mode parmi d’autres. Sous son objectif, les clichés de mode acquierent une dynamique tout à fait novatrice pour l’époque. Quand il vient à Paris pour la première fois en 1946, la stratégie des magazines de l’époque est de reproduire le glamour d’avant-guerre. Les mannequins ne sont que des statues Art-déco parées de tenues haute-couture. Mais Avedon ayant en horreur les natures mortes, a donc insufflé un peu de vie à ces modèles sans âme. Il les a fait jouer au flippeur dans les gargottes de la rive gauche, patiner sur la place de la Concorde… Un travail de mise en scène largement repris par la suite dans la profession.
Mais Richard Avedon, est surtout un grand révolutionnaire du portrait. D’Audrey Hepburn à Henry Kissinger en passant par Björk, son objectif n’a cessé de capturer les visages de nombre de personnalités, sans jamais aucun artifice. Juste un fond blanc, des regards, des émotions et un style épuré afin de cerner au mieux l’âme et la personnalité de ses modèles. Cependant, Avedon n’a pas porté son regard que sur ses contemporains célèbres. On en veut pour preuve sa série « In the American West », fruit d’une commande passée par l’Amon Carter Museum. De 1979 à 1984 il sillona l’ouest des Etats-Unis, photographiant des sans-abris, des ouvriers agricoles, des mineurs, des serveuses… Encore une fois, le fond blanc est de rigueur mais le photographe souhaitait couper ses modèles de leur environnement habituel, avec pour idée de faire entrer des défavorisés dans la tradition du portrait, souvent réservée aux grands de ce monde.
Richard Avedon aimait à dire que les gens avaient plusieurs identités et il ne faisait pas exception à la règle. Tour à tour photographe de mode, portraitiste, reporter ; Avedon était un artiste aux multiples facettes. Il aura fallu attendre sa mort en 2004 pour qu’une exposition reflète enfin tous les aspects de ses soixante années de carrière.
« Richard Avedon – Photographies 1946-2004 », au Martin-Gropius-Bau, du 19 octobre 2008 au 19 janvier 2009
Déborah Berlioz
Le 6-10-2008