Le projet d'aménagement urbain « Mediaspree », qui prévoit de modifier en profondeur la physionomie des quartiers berlinois de Kreuzberg et Friedrichshain, est au cœur d'une polémique initiée par leurs habitants. Craignant la dénaturation de leur lieu de vie, ils ont obtenu la tenue d'un référendum le 13 juillet prochain sur la survie ou non du projet.
Près de vingt ans après la chute du Mur, la mairie de Berlin a décidé d'aménager les berges de la Spree, en créant un nouvel espace dédié à l'économie de la communication. Le projet, appelé Mediaspree, se fonde sur un modèle de partenariat public-privé. En d'autres termes, les membres de l'association à but non lucratif reçoivent des aides de divers ministères, au titre du soutien à l'installation et à l'investissement dans une zone ciblée par les programmes de rénovation urbaine, mais aussi de soutien à l'emploi. C’est dans les quartiers de Kreuzberg et Friedrichshain, auparavant coupés du centre de Berlin par le Mur, que devraient bientôt être érigés tours, immeubles de bureaux, locaux commerciaux et résidences. Les enseignes lumineuses d'investisseurs tels que Universal, MTV ou Orange devraient y clignoter sous peu.
Si le projet Mediaspree représente une source d'emplois vivement attendue par la capitale allemande, il soulève l'indignation de certains habitants. Lancée en 2005, "Mediaspree Versenken" (Couler Mediaspree) est une initiative citoyenne à l'origine d'une collecte de signatures pour exiger l'organisation par la mairie d'un référendum sur la tenue du projet immobilier. Ayant réuni au 1er Avril 2008 les 5500 signatures nécessaires, le vote a eu lieu ce 13 Juillet. Il traitera du maintien d´un espace de promenade accessible aux piétons de 50 mètres entre le fleuve et les nouveaux bâtiments (le projet ne prévoit qu´une bande de 10 mètres), le maintien de la limitation de hauteur des bâtiments en vigueur à Berlin et la construction d'une passerelle plutôt que celle d´un nouveau pont pour les voitures. Ces revendications, bien que paraissant anecdotiques, ouvrent le débat sur la question de l'aménagement urbain de la capitale.
Le débat est de taille, à l'heure où Berlin s'affiche fièrement « pauvre mais sexy », mais où le taux de chômage atteint des sommets. Selon Christian Meyer, porte-parole de Mediaspree, l'opposition des Berlinois à un développement urbain obéissant à des exigences économiques est le témoin d’un refus d'aller de l'avant. Il affirme que « les initiateurs de Mediaspree Versenken veulent que les choses restent telles qu'elles sont, ce qui serait un véritable préjudice pour Berlin ». Rayonnant sur la scène culturelle internationale, Berlin doit s'aligner économiquement sur la norme d'une métropole européenne. Pour les militants de Mediaspree Versenken, un tel projet d'aménagement urbain est synonyme de spéculation immobilière, de gentrification et de menace envers la culture alternative berlinoise. Selon Carsten Joost, militant du collectif, Mediaspree doit être et est déjà « un projet mourant ». S'affrontent ici les mots clés du slogan berlinois : Berlin ne serait-elle plus sexy sans être pauvre ? C'est bien de l'identité berlinoise dont traite le référendum du 13 Juillet prochain.
Luce Perez