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 Photo: Sebastien podvin, libre de droits
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Le premier juillet, la France devenait officiellement la présidente de l'Union européenne. Comment aborde-t-on six mois de sarkozysme à la sauce européenne du côté allemand ? Réponse avec Ulrike Guérot, directrice de l’antenne berlinoise de l'European Concil on Foreign Relations (conseil européen sur les relations internationales).
Les objectifs affichés de la France pour cette présidence européenne sont l'Europe de la défense, la politique de l'immigration, la politique énergétique, et la rénovation de la Politique agricole commune. Pensez-vous qu'il y ait des divergences d'intérêt entre la France et l'Allemagne sur ces grands thèmes ?
Il n'y a de divergences ni sur ces grands thèmes, ni sur l'idée que l'on doit faire des grands projets maintenant. Il y a des différences sur les détails, dans la politique énergétique par exemple. Cela ne veut pas dire que l'Allemagne ne soutient pas la présidence française. Elle a même tout intérêt à ce que la France fasse une grande et ambitieuse présidence.
La question de l'immigration est-elle également vue comme une priorité en Allemagne ?
Evidemment. L'immigration est un problème, non seulement pour la France et l'Allemagne, mais aussi pour d’autres pays d’Europe. Le pacte sur l'immigration, présenté par Nicolas Sarkozy, veut harmoniser notre politique d'immigration mais aussi assurer une meilleure intégration, tout en stimulant une immigration qualifiée. Ce sont des décisions que l'Allemagne et toute l'Europe soutiennent. Aucun dossier n'est aussi consensuel que celui-ci.
On a assisté à quelques frictions entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ces derniers mois, comme sur le sujet de l'Union méditérannéenne. Mais ne pensez-vous pas que ces tensions viennent plus d'une erreur de forme de la part du Président français que d'un véritable clivage ?
Qu'il y ait eu des erreurs de forme dans la premiere année de M. Sarkozy, c’est une évidence. Mais je pense que la politique française a enfin changé. M. Sarkozy a compris que la consultation fait partie des mœurs européennes. Au niveau du contenu, c'est une bonne chose que la France et l'Allemagne se disputent. Trop d'unité franco-allemande enraye l'effet d’engrenage, les autres pays considèrent trop souvent que c'est pré-cuisiné et qu'ils n’ont qu'à suivre. Sur les gros dossiers, la France et l'Allemagne se sont toujours disputées, incitant ainsi d'autres pays à participer.
On a souvent vu une bonne entente entre des dirigeants français et allemands de sensibilités politiques différentes, comme François Mitterand et Helmut Kohl. Le fait que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel soient de familles politiques proches est-il mauvais signe ?
Je ne pense pas. Premièrement parce qu'ils sont d'une autre génération que Giscard-Schmidt, ou Mitterrand-Kohl. Il y a aussi le facteur « gender », homme-femme, qui est nouveau. Enfin, l'UMP n’est pas vraiment le frère de cœur de la CDU. C'était plus le MRP et ensuite l'UDF, mais ces partis n'ont jamais été très forts en France.
En France, le « Non » irlandais au Traité de Lisbonne est souvent analysé comme le signe d'un divorce entre le peuple et et les élites. A-t-on la même lecture en Allemagne ?
Ce « non » vient avant tout d'un déficit juridique et institutionnel de l'Union européenne. L'Irlande n'est pas contre l'Europe. L'Union européenne n'arrive pas à traduire au niveau électoral les sentiments positifs que les citoyens peuvent avoir à son égard. De plus, le système institutionnel tourne à l'absurde. Aucune constitution dans l'Histoire n'a été adoptée à l'unanimité, comme on cherche à le faire avec ce traité. Et c'est dans le principe même de la démocratie qu'une minorité se plie à la volonté de la majorité. Donc soit on est honnête et on accepte de modifier la règle électorale pour faire passer le traité, soit on continue de truquer et on refait voter les Irlandais. Ce sont ces trucages qui font vomir les citoyens.
Propos recueillis par Déborah Berlioz
Pour en savoir plus sur la présidence française de l'Union européenne et sur le traité de Lisbonne, consultez les articles suivants:
Fischer vs Delors: l'Irlande au coeur du débat
La présidence européenne en trois questions
Un peu de droit européen