Daniel Cohn-Bendit, dit Danny le Rouge. Le symbole de toute une génération. Mais celui qu’on appelait aussi le « juif allemand », est aujourd’hui fatigué de son statut d’icône de 68.
Prenons la société européenne en 1968, en quoi la situation est-elle différente en Allemagne et en France ?
La société allemande est une société qui s’est refait une conscience sur ce que l’on nomme le « wirtschaftswunder » c’est à dire la récupération économique. De plus l’Allemagne s’est dépolitisée complètement après le drame et l’horreur de la période nazie alors que la France s’est construite autour du mythe de la résistance, c’est la grosse différence. A part cela les deux sociétés, les deux états ont été reconstruits par la génération de la guerre et 1968 est une remise en question du monde tel que cette génération l’a organisé.
Y a-t-il eu une société qui a su, mieux que l’autre, répondre à cette remise en question ?
« Mieux », je crois que ce n’est pas la bonne réponse. Les deux sociétés ont profondément changé à travers les révoltes de 1968. Elles sont plus ouvertes. La France a dépassé la période du gaullisme, ce qui représente une évolution économique positive et une évolution sociale et sociétale. En Allemagne on est sorti du dilemme de l’après-guerre.
Quelles sont les causes, aujourd’hui, pour lesquelles la jeunesse devrait descendre dans la rue ?
Lorsque la jeunesse descend dans la rue, il faut faire très attention. Elle remet en question la mondialisation telle qu’elle existe. Elle est en demande de régulation sociale et écologique de cette mondialisation. Il y a aussi le débat sur la dégradation climatique, les nouvelles inégalités de nos sociétés.
Vous avez offert votre dernier livre au président de la République avec cette dédicace, «[…]c’est pour quand l’imagination au pouvoir ? » Pourtant, Nicolas Sarkozy président, avec ses mariages, divorces et remariages par exemple, on n’aurait pas pu l’imaginer sans 1968, alors l’imagination au pouvoir, n’est-on pas en plein dedans ?
Non ce n’est pas l’imagination. C’est un autre type de pouvoir. C’est certes une nouvelle conception du présidentialisme, plus moderne. Mais est-ce plus efficace ? Cela reste encore à démontrer. En tout cas on s’aperçoit que ce modernisme people de Sarkozy n’a pas l’air de persuader les Français.
Cela ne vous fatigue pas d’avoir aujourd’hui encore ce statut d’icône de 68 ?
C’est pour ça que j’ai sorti ce petit livre d’interviews « Forget 68 », « Oubliez 68 ». Je crois qu’on a d’autres sujets à débattre, et aujourd’hui refaire 68 me paraît superficiel et déplacé.
Vous vous êtes récemment impliqué à de nombreuses reprises dans le débat autour des J.O de Pékin…
Je crois que tout ceux qui vont à Pékin, journalistes, sportifs ou spectateurs doivent être citoyens. Et parler des Droits de l’Homme. On ne peut pas accepter le cynisme des pouvoirs chinois qui fait table rase du Tibet à Pékin. Pour eux, c ‘est soit-disant la grande fête de l’Humanité, mais l’Humanité sans les Droits de l’Homme, c’est un coureur cycliste sans vélo.
Rudi Dutschke a eu une rue baptisée à son nom, le 30 avril dernier à Berlin, ça vous ferait plaisir qu’il y ait un jour une rue « Daniel Cohn-Bendit » ?
Pas du tout, Rudi Dutschke a son nom parce qu’il est mort plusieurs années après la tentative d’assassinat contre lui. Moi je n’ai pas besoin de rue à mon nom, ni rien du tout.
Propos recueillis par Aurore Malval