

La vie de la tribu
Installée en Allemagne depuis 2003, la chanteuse lyrique québécoise Lucie Mayer, s’est faite spécialiste de la francophonie. Passionnée de musique et de linguistique, cette artiste qui dit « ne pas être une cantatrice à chien de poche », s’attache à transmettre savoirs et passion au plus grand nombre.
Née à Montréal de parents musiciens, elle apprenait déjà le piano à deux ans et demi. Dès cinq ans, elle s’initiait aux flûtes et à la chorale : vous l’aurez deviné, ce n’est pas l’oreille musicale qui lui fait défaut.
Celle qui, selon sa maman, « a chanté avant de parler », a commencé sa carrière à vingt-deux ans. La soprano a été choriste puis soliste dans de nombreux ensembles Montréalais tels que l’Orchestre symphonique, le Studio de musique ancienne ou l’Orchestre métropolitain.
Très tôt, les professionnels de la musique distinguent cette artiste au regard bleu et à la voix chaleureuse et lui conseillent de se diriger vers l’opéra Allemand. Et comme il est normal, à Montréal, de voir des artistes partir exercer leur art en Europe, elle suit des cours d’allemand dans cet optique. Mais c’est bien plus tard, lorsqu’elle rencontre son compagnon, également chanteur, qu’ils décident de partir ensembles pour la ville-Etat de Brême.
Son installation en Allemagne en 2003 a marqué une nouvelle étape dans sa vie professionnelle. L’arrivée sur place s’est révélée difficile, et les portes fermées l’ont conduite à s’éloigner de l’opéra et même à arrêter de chanter.
Elle n’a pas retrouvé ici l’esprit de libre entreprise typique de l’Amérique du nord, et a manqué de contacts. Le défaitisme ambiant - qu’elle trouve caractéristique aux Allemands – a mis ses projets musicaux en stand-by.
Mais l’artiste a trouvé à l’Institut français de Brême, ou elle travaille, un îlot de francophonie ressourçant pour sa carrière. Déjà amoureuse de la linguistique et du latin, elle s’est faite spécialiste de la langue française. Elle confie qu’alors qu’elle parle plusieurs langues couramment, elle n’écrit des poèmes qu’en français.
Alors qu’elle a eu des problèmes au départ pour lier des amitiés allemandes, elle reconnaît que les amitiés qu’elle a soudées sur place ont une valeur chère à son cœur.
Ce n’est qu’aujourd’hui qu’elle renoue avec l’activité musicale telle qu’elle la pratiquait à Montréal. Elle travaille avec son complice Alessandro Moretti, qui l’égale en amour de l’art et la complète musicalement. Son répertoire se constitue de musiques « écrites pour le divertissement », de mélodies « agréables à entendre ». Elle partage son temps entre le chant et l’enseignement, et confie, un peu amère, qu’elle voudrait ne pas répéter les mêmes erreurs que ses enseignants et particulièrement préparer ses étudiants aux difficultés du monde de la musique.
Elle dit, avec un léger et charmant accent québécois - qui s’intensifie au fur et à mesure de la conversation - vouloir transmettre « une sensibilité renouvelée pour la musique et la poésie, en ces temps ou la culture est un mot bien galvaudé ».
Elisa Meynier
Le 6-10-2008