Ne vous méprenez pas, j'adore la langue allemande. Mais quand même, des fois elle me frustre. A cause de certains termes qui manquent. Par exemple le mot « pudique ». Un concept si important. Il n'existe pas. Il y a bien « schamhaft », mais trop proche à mon goût de la « honte ». Or la pudeur est adorable. Ce sont des yeux qui se baissent chastement en signe d'une gêne si charmante. La honte est plus cruelle. Outre le front et les joues rouges, il y a le sentiment humiliant de sa dégradation dans l'estime de l'autre. D'accord, pour traduire « pudeur » il y a également « Zartgefühl ». Ça laisse affleurer une certaine délicatesse. C'est mieux. Mais il manque la composante sexuelle. Ou la retenue face à ce que notre dignité, à tort ou à raison, nous interdit. Ce gentil « Zartgefühl » semble être du fait d'un poitrinaire, une finesse causée par la phtisie, une sorte de tuberculose de la morale - d'où la toux qui nous ramène à « keusch ». Oui, parce que pour traduire « pudique », le dictionnaire propose également « keusch ». N'importe quoi. « Keusch » ça veut dire « intouché », « libre de désirs charnels », rien à voir avec la pudeur. Car on peut très bien être pudique ET d'une sensualité animale. Je suis même convaincue qu'on peut être pudique et tourner dans un film pornographique. Prenez par exemple le cas d'un film lesbien qui s'appliquerait à montrer la vraie sexualité lesbienne, qui pallierait au manque de références cinématographique, littéraire et télévisuelle afin de la sortir de son invisibilité, qui en quelque sorte couvrirait l'absence de « scripts sexuels lesbiens », aussi et surtout pour les jeunes lesbiennes qui se découvrent. Ce film existe. Il s'appelle « One night stand » d'Emilie Jouvet. Le premier porno lesbien français, réalisé en 2005. Cet été, Emilie Jouvet a choisi Berlin pour situer l'action de son nouvel opus, un court-métrage, de nouveau lesbien, de nouveau pornographique. Car tourner un film X peut être, devrait être un acte politique. Pour vous en persuader, rendez-vous à la rentrée au Pornfilm festival Berlin.
En attendant, si vous décidez de laisser votre pudeur de côté, allez donc découvrir les œuvres érotiques de Georg Grosz exposées dans le cadre de l'Expressionale 2008 sur la Potsdamer Platz à Berlin. Et si l'envie vous titille de pousser jusqu'au Nord de l'Allemagne, n'hésitez pas à visiter l'exposition « Big Nudes » d'Helmut Newton au Neues Museum Weserburg de Brême. Car ni la pudeur, ni la culture, n'empêchent la sensualité.
Infos : www.expressionale.de, www.nmwb.de, www.pornfilmfestivalberlin.de