Il y a quelques mois, Prague commémorait les 40 ans du fameux « Printemps » démocratique qui souleva la ville au siècle dernier. Un ras-le-bol spontané qui avait surpris le monde entier, avant d’être réprimé par le régime soviétique.
Quelques années seulement après la prise du pouvoir par le Parti communiste tchèque, ses membres au pouvoir ont compris les besoins de la société tchèque. Les noms de citoyens dissidents, Vaclav Havel ou Petr Uhl et d'hommes de Parti, Dubcek notamment, marquent cette fin des années 60 et l'avènement d'une société nouvelle et libérée. Le « socialisme à visage humain », point d'orgue du détachement progressif de la population vis-à-vis de la logique systémique imposée par l'URSS, semblait enfin possible.
Mais l'anniversaire du Printemps de Prague nous rappelle surtout celui de la répression soviétique appuyée par les pays signataires du Pacte de Varsovie. La reprise en main du pouvoir a gelé toute autonomie pour une longue période dite de « normalisation » qui suivit le recours à la force. Plus que la répression, ne devrions-nous donc pas célébrer cette longue quête de liberté qui s'arrêta le jour de l'intervention soviétique ?
Petr Fleischman est conseiller aux Affaires étrangères de la République Tchèque. En 1968, il était sur les barricades de Paris : « Je m'amusais avec les copains, mais dès que je pouvais accéder à un poste de radio, je l'allumais pour voir comment évoluait la situation à Prague. Car ce qui s'y passait là-bas était symboliquement bien plus important que Mai 68 », se souvient-il.
A l'Ouest, les pays occidentalisés se révoltaient justement pour un concept de liberté qui restait délimité spatialement par le bloc communiste. Pour Petr Fleischman, les événements de Prague ont permis « à la gauche des pays démocratiques de rêver, un moment soit-il, qu'un régime économico-politique qui éliminerait les méfaits du capitalisme sans toucher à la liberté des êtres humains, était possible. » Or la commémoration d'un tel événement dans un monde battant aujourd'hui au rythme du libéralisme économique comporte le risque d'oublier les aspirations qui visaient a rendre plus humain un système dont on ne voulait se défaire.
Alors, avec la fin du communisme, la liberté est-elle enfin arrivée ? Si le pays se construit sur une purification de son passé et ne laisse aucune chance de rédemption à l'idée du communisme, se prive-t-il de penser un monde commun dont le communisme fut, un jour, une aspiration commune ? Nous pouvons penser avec Fleischmann que « si le régime est tombé, les structures mentales établies en son temps continuent d'exister dans un anti-communisme aussi dogmatique ». Comme si l'histoire oubliée s'arrangeait toujours pour émerger encore et encore au fil des générations.
Boris Svartzman
En coopération avec le café-magazine cafébabel

