imprimer   12.02.2012 
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Le national-socialisme et le 1968 allemand présenteraient des ressemblances troublantes. C'est la thèse soutenue par l'historien Götz Aly dans son dernier livre « Unser Kampf ». Un ouvrage très polémique.

 

 

Dans la fièvre commémorative qui entoure l'anniversaire des évènements de 1968, les auteurs allemands sont bien au rendez-vous. Les librairies croulent sous les biographies, analyses historiques ou philosophiques… Au milieu, un livre fait figure de pavé dans la mare : « Unser Kampf » (notre combat), du journaliste et historien Götz Aly, contemporain des évènements, et ancien militant.

 

L'allusion au « Mein Kampf » d'Hitler est plus que polémique. Simple coup marketing de l'auteur ou véritable rapprochement entre 1968 et le national-socialisme ? « Le combat (Kampf), était le concept central du totalitarisme en Europe, explique Götz Aly. C'était la même chose en 1968. J'ai moi-même participé à un journal intitulé « Le Combat universitaire » (Hochschulkampf) ». Sans oublier les banderoles appelant au combat contre l'impérialisme, le capitalisme, etc.

 

L'auteur va plus loin dans la comparaison. Il existerait une véritable continuité entre national-socialisme et mouvement révolutionnaire des années 60. « On observe des parallèles surprenants entre le combat de 68 et celui des étudiants nazis. On retrouve le même utopisme, la même pensée bipôlaire, avec les méchants d'un côté et les gentils de l'autre, le même anti-autoritarisme… »

 

Et l'argument phare de Götz Aly, c'est la radicalisation du mouvement. L'exemple le plus connu reste celui de la bande à Baader qui organisa des attentats contre deux grands magasins de Francfort le 3 avril 1968. Cette tendance à la dérive violente serait elle aussi un héritage du national socialisme « Nous avons grandi dans un pays encore imprégné par les crimes nazis et la violence de la guerre, il était normal que nous gardions un peu de cette violence en nous », explique l'ancien militant.

 

Pourtant, à première vue, 1968 apparaît comme le point de rupture avec le national-socialisme. Elevés par des parents qui refusaient de se souvenir du passé totalitaire pour mieux se complaire dans un consumérisme sans valeur morale, les jeunes ont fait de la lutte pour la reconnaissance de la culpabilité allemande un des aspects phares de leur révolution. Mais selon Götz Aly, les soixante-huitards n'ont rien apporté sur le sujet : « Le processus de reconnaissance était déjà lancé au niveau de l'Etat, notamment avec tous les grands procès, comme celui d'Auschwitz en 1963 ».

 

1968 n'aurait donc été que le symptôme d'une crise, celle d'une Allemagne en manque de repères et de valeurs morales. Rien de plus, rien de moins. « Vous n'avez vraiment rien raté », lâche l'auteur. Alors faut-il vraiment célébrer les 40 ans du mouvement ? « Il n'y a rien à fêter », rajoute Götz Aly. « La seule chose qui mérite d'être faite, c'est d'éclairer les nouvelles générations sur cette époque ».

 

 

Déborah Berlioz








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