Deux documentaires retiennent l’attention pour le moment dans la section « Panorama » : A Jihad for love et Sharon. Dans le premier, Parvez Sharma aborde le délicat sujet de l’homosexualité en milieu islamique ou comment concilier sentiment religieux profond et identité sexuelle. A travers d’incroyables témoignages de personnes en lutte, qui choisissent l’exil pour exister car menacées de lapidation ou d’emprisonnement par des lois anti-homosexualité dans leur pays, on suit le parcours de gens en souffrance. L’épanouissement personnel est un combat qui passe par une fuite souvent obligée, et la recherche constante de ces hommes et femmes d’une bénédiction religieuse qui les reconnaîtrait semble encore aujourd’hui impossible. Un documentaire dérangeant, qui pose le problème de l’intolérance religieuse perçue comme une obstruction à la liberté individuelle.
Quant à l’israélien Dror Moreh, il revient sur les raisons qui ont poussé l’ancien premier ministre à évacuer la bande de Gaza en 2005. Après 6 années de tournage, un portrait complaisant et aimable d’Ariel Sharon apparaît. Une tournure inattendue, que le réalisateur justifie par le fait qu’il a « découvert une personne différente » en faisant le film. « Ce symbole du diable » a finalement été « la seule personne suffisamment forte pour apporter un futur à la région ». Un documentaire à la fois émouvant et embarrassant sur un homme qui a été connu pour avoir eu une logique de guerre criminelle.
A souligner aussi, le remarquable travail de l’actrice française Sandrine Bonnaire qui, bien que s’étant retirée à la dernière minute du jury, est venue présenter son premier film-documentaire dans la section « Berlinale Special » : Elle s’appelle Sabine. Un film qui lui tient particulièrement à cœur puisque le personnage principal n’est autre que sa propre sœur atteinte d’autisme. Ce grave sujet est ici traité avec beaucoup de pudeur et soulève l’énorme problème que pose le mauvais (voire inexistant) système de prise en charge des handicapés en France. Un film bouleversant et juste qui résonne comme une sonnette d’alarme pour notre société.
Letizia Mariotti