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La peur, mauvaise conseillère

 

Face au « sentiment montant d’insécurité », relayé à l’envi par les médias, la tentation est grande pour les politiques de proposer des solutions miracles hâtives. Afin de rassurer l’opinion et de convaincre les électeurs, les problèmes de l’insécurité, de la délinquance juvénile et de la pédophilie sont parfois combattus des deux côtés du Rhin à grands coups d’annonces surfant sur des vagues d’émotions post-faits divers.




Prison de Moabit, Berlin

En Belgique, « l’Affaire Dutroux » fut un véritable traumatisme national dont le royaume vit peut-être encore aujourd’hui les dernières ondes de choc. Le Canada aussi fut ébranlé par la prise de conscience qui suivit les révélations de faits impliquant notamment des membres du clergé.

Quant à la France, les agitations autour de l’affaire du petit Y, garçon de cinq ans agressé en 2007 par un pédophile à peine sorti de prison (et pourvu de Viagra par l’administration pénitentiaire !) ont rouvert le dossier du récidivisme.

Le projet de loi de Rachida Dati* prévoit un enfermement de sûreté en centre médico-légal pour des détenus déclarés « dangereux » à l’issue de leur peine. Basée sur la suspicion et non sur des actes, cette mesure qui fragilise la présomption d’innocence – pilier du système judiciaire –, mobilise grandement en France. Associations de magistrats et de protection des droits de l’homme mettent en garde, à travers manifestations et pétitions, contre les dérives de telles mesures. En Allemagne, en revanche, la loi sur la récidive – bien ancrée –, puisant ses sources dans les années 1930 et concernant aujourd’hui quelques 400 détenus, ne choque plus personne.

Dans un autre registre, la violence des jeunes ne trouve pas non plus de réponse évidente.

Dans le sud du pays, fin janvier, en pleine campagne régionale, le thème de l’insécurité a également nourri les débats. L’agression violente d’un retraité dans le métro de Munich par deux jeunes issus de l’immigration a offert à  Roland Koch, candidat CDU à sa succession en Hesse, son principal axe de campagne. Son programme prévoyait des mesures d’expulsion des jeunes délinquants immigrés. Malgré la violence du fait divers, les électeurs ont rejeté ces propositions aux relents extrémistes. Résultat, le 27 janvier dernier, la CDU essuie une lourde perte de 12 points et doit renoncer à gouverner seule la région de Francfort. Quand des journaux aussi respectables que Die Zeit et Der Spiegel rentrent dans le « tcha tcha tcha de l’insécurité », c’est la société entière qui peut douter.

 

Au-delà de flatter l’électorat, ces tentatives de réformes révèlent les difficultés inhérentes à l’incarcération. Punir les criminels tout en les soignant, les exclure un temps de la société, pour qu’ils la réintègrent ensuite dans un meilleur rôle. Que faire en cas d’échec et de récidives ? Pour que la peine ait un sens, elle doit redonner un sentiment d’humanité et de dignité. Or les conditions carcérales, particulièrement en France, sont le plus souvent désastreuses, laissant les prisonniers démunis une fois leur liberté recouvrée.

C’est là que le travail d’associations peut se révéler indispensable afin de tisser un lien entre le monde extérieur et la société carcérale. Le témoignage de Anja Schönhusen dans notre dossier montre l’importance de ce contact.

 

Si la dangerosité devient un critère d’évaluation des prisonniers, on peut du moins espérer que le suivi en cours de peine garantisse une prise en charge plus attentive de sa santé mentale et physique. Et partant, de prodiguer des soins afin d’éviter des enfermements arbitraires une fois la peine purgée. 

 

 

Caroline du Bled

 

* Garde des sceaux (ministre de la Justice) française.

** première page, Der Spiegel a titré en avec un ambigu „migration de la violence“ et Die Zeit  mettant ouvertement en cause les « jeunes étrangers » évoque une « nostalgie de l’autorité ».

 

 

Consultez les autres articles du dossier "Punir, jusqu'où ? Comment" : Entretien avec le Docteur Roland Coutenceau ; Reportage : Durchboxen, le retour du « redressement » ; Une loi qui ne cause plus d’émoi ; « Pas de prison sans infraction » ; Derrière les barreaux, volontairement ; Micro-trottoir.










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