

ENTRETIEN AVEC ENRIQUE SANCHEZ LANSCH, A PROPOS DU FILM « DAS REICHSORCHESTER »
Votre film s´appelle « L´orchestre du Reich », du fait que l´orchestre Philarmonique de Berlin a été nationalisé en 1934. Pourtant, dans le film, les témoins que vous avez pu trouver répètent à plusieurs reprises que leur orchestre n´était pas un orchestre nazi. Dans quelle mesure est-il devenu un instrument du pouvoir ?
L´orchestre a été, à partir de 1882 et pendant 50 ans, une entité très autonome, mais, au début des annés 30, il a dû faire face à de graves problèmes financiers. Il a donc essayé d´obtenir une aide du Reich, et en 1933 il a effectivement été instrumentalisé par le ministère de la propagande. Pendant la guerre, il n´a pratiquement voyagé qu’en Allemagne et dans les territoires occupés par les troupes allemandes. Il a joué par exemple huit fois pour le concert annuel célébrant l´anniversaire d’Hitler. Pas mal de ces événements ont été filmés et diffusés dans tout le Reich.
Ce qu´on remarque aussi dans le film à travers le témoignage des survivants, ou bien celui de leurs enfants, c´est que beaucoup étaient soit naïfs, soit apolitiques. Ils ont continué à faire de la musique et on a l´impression qu´il faut beaucoup les travailler au corps pour qu´ils expriment un certain nombre de regrets sur cette période.
Tout d´abord, être membre de l´orchestre philharmonique de Berlin nécessite une telle perfection technique que les musiciens doivent se concentrer exclusivement sur la musique. Ce qui exige, d´une certaine facon, de ne pas se préoccuper de tout ce qui touche à la politique ou à d´autres aspects de la vie. D´un autre côté, même les gens qui n´avaient aucune sympathie pour les nazis pensaient qu´en consacrant leur vie exclusivement à la musique, ils prenaient une position antinazie, et ils n´ont pas vu ou pas voulu voir qu´ils étaient réellement devenus un instrument de propagande.
Est-ce qu´ils se rendent compte qu´ils se sont peut-être trompés eux-mêmes, en ayant l´impression d´être dans un exil culturel intérieur, alors qu´ils étaient malgré tout, fortement instrumentalisés ?
Ils ont fait preuve de naïveté, spécialement au début de l´époque nazie. Ça change pendant et à la fin de la guerre, quand ils sont confrontés aux horreurs de la guerre. Mais, début 45, il n´y a que le Philharmonique de Berlin qui joue toujours et qui donne des concerts. Cela explique peut-être qu´ils n´aient pas trop réfléchi à ce qui s´était passé, pendant les premières décennies qui ont suivi la fin de la guerre. Il était alors important de penser au futur, et non au passé. Mais dans ces 10, 20 dernières années, on a commencé à réfléchir là-dessus, et une certaine honte a commencé à se faire sentir.
Il a fallu attendre plus de 60 ans pour que l´orchestre philarmonique, cette année à l´occasion de son 125 ème anniversaire, décide de s´intéresser particulièrement à ce qu´il s´est passé entre 1933 et 1945. Pourquoi ?
A mon avis on s´est trop concentré, dans l´orchestre comme à l´extérieur, sur la responsabilité du chef d´orchestre, si bien que la responsabilité des individus qui composaient l´orchestre a quasiment été occultée.
Beaucoup de membres actuels du Philharmonique ont assisté à la première de votre documentaire mercredi soir. Que pensent-ils du film que vous avez fait et du rôle qu´ont joué leurs prédécesseurs sous le troisième Reich ?
Pas mal de membres ignoraient le rôle qu´avait tenu l´orchestre dans le passé. Pour eux ce sont des informations complètement nouvelles. On se rend compte que ces musiciens ont une conscience complètement différente de celle de leurs prédécesseurs, si bien que l´on ne pourrait pas imaginer que la chose puisse avoir lieu à nouveau aujourd´hui.
« DAS REICHSORCHESTER » de ENRIQUE SANCHEZ LANSCH, durée 90 min. Déjà en salle.
Propos recueillis par Pascal Thibaut
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bonjour je vais cet acheter ce dvd et je dirai quoi. AXEL