« Moi, chroniqueur des grands guignols », écrit Céline, qui se qualifie ainsi dans cette épopée comme le témoin et participant de la débâcle côté allemand de 1944/45. Ces grands guignols, Céline les côtoie et se perd dans la luxure des perdants ; Castorf, le dramaturge attitré de la Volksbühne aidé du scénographe Bert Neumann, se délecte à les mettre en scène. « Die another day » au fond de la scène nous rappelle pourtant que ces hommes et femmes, réduits à de vulgaires résidus décadents, spectateurs de la guerre, luttent pour survivre dans une Europe déchirée, à moins qu’il ne s’agisse simplement d’un sursis orgiaque avant la mort.
Louis Ferdinand Céline (Destouches) s’enfuit en 1944 de France avec sa femme danseuse Lili et son chat Bébert, afin d’échapper à la condamnation certaine qui l’attend pour ses actes de collaboration et ses discours antisémites. Une troupe en exil se forme à Baden Baden, Berlin puis se retrouve retranchée dans le manoir du docteur Harras, à Zorhhof. Folles péripéties et une seule obsession : gagner le Nord à tout prix, l’eldorado supposé du Danemark.
Le spectacle de ce voyage effrayant se déroule symboliquement dans un wagon, dans lequel on baise, chante, danse et lutte pour manger. L’aristocratie dégueulasse que décrit Céline est mise à terre, il n’y a plus de morale. Des ordures personnifiées qui tombent, s’enlacent mais se retrouvent face à l’impossibilité d’avancer plus. Les treize acteurs admirables se renvoient le rôle du médecin/écrivain Céline comme si personne ne voulait incarner la symbolique de l’abject… Volume sonore élevé, émis par des tirs de mitraillettes qui se perdent dans l’absurdité et des cris de fureur : le cri d’âmes désespérées.
On ressent à la fin de ce voyage tragi-comique que les itinérants sont à la porte de l’enfer, magnifiquement représentée par les images troublantes (projetées aux spectateurs à l’aide d’une caméra à la main) de visages effrayés, entassés dans le wagon de la mort.
Chacun est libre de juger l’écrivain provocateur, qui se trouve dans cette création de trois heures, mis à nu.
« Nord, Eine Grandguignolade » mis en scène par Frank Castorf d’après Louis-Ferdinand Céline, 24.11.2007, 19:30, Volksbühne.
Charlotte Renaut
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lamande marc-henri /// Tuesday, 09-02-10 19:44
Bonjour,
après son vif succès critique et public au dernier festival d'Avignon, nous vous invitons à venir découvrir le très beau spectacle
Dieu, qu'ils étaient lourds... !!!
entretien théâtral et littéraire avec Louis-Ferdinand Céline
conception, adaptation et mise en scène de Ludovic Longelin
avec Marc-Henri Lamande et Ludovic Longelin
au Théâtre Mouffetard - Paris 5°
le mardi 23 février 2010 à 20h30
73, rue Mouffetard - 75005 Paris /
réservation au 01 43 31 11 99 (du mardi au samedi 13h à 18h30)
"Une Saisissante rencontre loin des consensus et des coquetteries littéraires avec Louis-Ferdinand CELINE, qui, seul sur scène, répond aux questions qui lui furent posées par les intellectuels de l’époque. Face aux spectateurs appelés ici à être confidents privilégiés, CELINE parle de sa vie, de son enfance, de ses dramatiques prises de position politique mais aussi et surtout de ce style fameux qui bouleversa la littérature..."
"Ce spectacle est sidérant d'intelligence...Tout concourt à faire surgir l'écrivain en personne et c'est stupéfiant. Car pour jouer Céline, entrer dans sa voix, dans sa peau, il faut un sacré culot, un sacré travail et un sacré courage. Marc-Henri Lamande possède tout cela. Il ne se prend pas pour Céline mais il l'interprète comme on dit d'une partition musicale. L'effet est saisissant. On se croirait vraiment face au reclus de Meudon. Et l'on goute pleinement ce texte aussi saignant qu'une viande au croc." Laurence Liban - L'Express (Blog de L. Liban - 21 juillet 2009)
"Céline livré au public (...) Marc-Henri Lamande sort du noir et devient Céline, sa voix, son nasillement (...) il bougonne, marmonne, sa voix a ce qu'il faut d'aigre, de haletant, de féminin, pour faire entendre, dans l'auteur de Voyage au bout de la nuit, la part du ressassement magnifique." Eric Aeschimann - Libération (24 juillet 2009)