Foire du livre de Francfort : le marathon des éditeurs.

Du 10 au 14 octobre, la Foire du Livre de Francfort reçoit quelques huit mille professionnels de l’édition. Le plus grand échange commercial de titres, auteurs et ventes de l’année décide de ce que vous lirez dans deux ans, à votre table de chevet ou dans la douceur de votre canapé.
Bertille et Françoise Hessel des éditions Oskar, spécialisées dans la littérature jeunesse ont déjà leurs places réservées dans l’avion. Comme tous leurs collègues de la profession, c’est le premier contact, les retrouvailles de chaque année qui commencent dans les airs, et ce pour l’ensemble des professionnels du monde entier qui s’envole pour Francfort, le week-end le plus important de l’année pour ces 8000 exposants. Pendant ces quatre jours, 300 000 personnes sont attendues soit plus du double de visiteurs qu’au salon du livre de Paris.
La course aux rendez-vous est engagée, mais la plupart sont pris dès le mois de juillet. Les personnes les plus importantes sont bien entendus les vendeurs de droits ; confrérie à part dans le monde du livre, ils jouent leur année, leur budget et aussi souvent leur carrière pendant ces quatre jours. On les retrouve aux buffets organisés par Bertelsmann, du moins ceux qui y sont invités, les autres se promènent et concluent leur marché sur les bancs collectifs des ginguettes traditionnelles du quartier de Sachsenhausen, où Apfelwein et saucisses tièdes tiennent lieu de petits fours. Francfort est d’abord une angoisse logistique, les retards sont la panique, tout le monde sait qu’il sera impossible de se voir et de se revoir sur les 172 000 m² que compte ce gigantesque salon professionnel où les affaires sont réglées comme du papier à musique. Une seule solution pour les petits et moyens éditeurs, être préparés longtemps à l’avance : déjà une bonne étude des catalogues mais surtout une idée de ce qu’on voudrait acheter, et c’est presque dans la poche.
Les plus gros vendeurs restent les Anglo-Saxons (15% du marché). Ils achètent rarement, mais ont une telle réserve d’ouvrages à proposer qu’ils voient venir impatiemment cette nuée de spécialistes en cession de droits. Pour nombre d’entre eux, la loi qui régit ce salon du livre depuis des années est sacrée : « Mieux vaut tenir que courir ». Ils ont, par conséquent, tendance à réagir positivement aux propositions d’achats directs par les éditeurs comme Oskar : on signe aujourd’hui et on vous règle dans un mois. Voilà ! L’affaire est close. Plus de la moitié des transactions se déroulent de la sorte car novembre et l’arrivée du vote des budgets approchent et il est extrêmement important d’atteindre les objectifs fixés l’année précédente. La dimension sociale pour une entreprise est énorme à la foire du livre de Francfort.
Finalement, Francfort, c’est peut être tout simplement ça : un monde parallèle de titres que nous liront, où une profession s’offre une sorte d’apothéose en exhibant fièrement leurs meilleurs ouvrages. Chaque pays présente ses productions en littérature et documents, tous recherchant au final la même chose : un objet à la fois richesse commerciale et plaisir éditorial. Le bijou qui brillera dans l’écrin d’un catalogue pour les années à venir. Il vous sera alors facile de rencontrer l’éditeur heureux et satisfait de « son Francfort » parmi ses pairs et collègues: il marche doucement.
Foire du livre de Francfort du 10 au 14 octobre 2007
Claude Ollivier