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Michael Moore nous envie la Sécu ? Pas de quoi en faire une crise de mauvaise foi.

 

Il y a trois ans, Michael Moore se fendait d’un brûlot anti-Bush : Fahrenheit 9/11, une attaque au vitriol de l’administration va-t-en guerre d’Irak, qui ne badinait ni avec une démago quasi électorale (Stop Bush!) ni avec un chantage à l'émotion plutôt indigeste. La critique française applaudissait. Le jury cannois se mouillait : Fahrenheit recevait la palme d’or. 2007, nouveau docu coup de poing, nouvelle cible : le HMO, le système de santé américain. En 113 mn, Moore exhibe les rouages d’un système pervers où l’appât du gain prime sur la santé des citoyens, et tue des gens. La critique française diagnostique une crise de mauvaise foi.

 

Moore ose. Le film s’ouvre sur une scène de raccommodage en live plutôt crue, un type ayant décidé de prendre le fil et l’aiguille lui-même faute de couverture maladie. Un autre raconte comment il dut choisir entre son index (60 000 dollars) et son annulaire (12 000), sectionnés à la suite d’un accident. Mais Moore ne veut pas parler des 48 millions d’Américains sans couverture médicale. Il vise les autres, ces ‘chanceux’ censés être couverts. Le problème, c’est que, là-bas, la Sécu est un business et les patients sont les clients d’une industrie puissante accumulant des profits faramineux. Alors il enchaîne les témoignages chocs: amis et parents d’assurés morts faute de soins, déboutés par des mutuelles, dont les  médecins-experts auraient troqué leur serment d’Hippocrate pour un système de prime au rendement. Et si on finance les soins, tout n’est pas gagné: un autre expert est chargé d’éplucher les dossiers pour trouver des vices de procédure. C’est navrant.

Mais c’est aussi souvent drôle et culotté ! S’affranchissant de toute fausse prétention à la neutralité du genre documentaire, Moore exhibe ‘l’effet Moore’ : un exercice à mi-chemin entre la fanfaronnade et l’autodérision. Un père de famille débouté par sa compagnie d’assurance et ayant eu vent du film, menace sa mutuelle de représailles médiatiques via la caméra et obtient gain de cause (l’assurance révisa sa décision et accepta l’opération); le propriétaire d’un virulent site internet anti-Moore contraint de fermer boutique pour financer les soins de sa mère malade (!) trouve un généreux donateur en la personne de…. Moore lui-même ! Mais, l’ultime coup d’esbroufe, c’est bien sûr son escapade à Guantanamo Bay (s’appuyant sur la propagande de Washington, le meilleur système de soin sur sol américain !) accompagné de volontaires du 11 septembre, mal en point et laissés dans la dèche par la nation qui les avait tant encensés. Il fallait tout de même oser (Moore fait l’objet d’une investigation officielle pour violation de l’embargo contre Cuba). L’opération (hilarante) se termine par la prise en charge de nos héros américains par un hôpital cubain (à l’œil) : l’affront ne pouvait être plus complet.

Provocateur génial, Moore réussit un pamphlet plein de pétulance. La charge est accablante, le message clair : la couverture maladie universelle est nécessaire et passe par une prise en charge étatique du système de santé, comme au Canada, en Grande Bretagne et oui, messieurs dames, il l’a dit : en France! Ça, apparemment, nos critiques hexagonaux l’ont en travers la gorge. Que Moore accable le système de son pays soit, qu’il exhibe Cuba en exemple, passons... Mais qu’il ose dire que chez nous tout va bien! Et qu’importe que Sicko s’inscrive dans une tradition pamphlétaire encore trop rare à l’écran, qu’il soit destiné à un public américain encore largement abonné aux ‘freedom fries’ et que, rappelons-le, le système de santé français arrive en tête du classement de l’OMS (celui des USA au 37ème rang). Caricature écœurante d’une France idyllique à la sécu érigée en panacée le film de Moore?  Vous avez dit ‘sicko’?  Ils sont schizo ces Français-là!

Sicko de Michael Moore sort le 11 Octobre.

 

Nadja Vancauwenberghe

 








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