Auschwitz hors champ

Alors que les nazis se livraient aux pires atrocités, un album de photos appartenant à l’un des officiers SS qui dirigeait le camp d’Auschwitz, montre le quotidien insouciant des génocidaires.
On n’avait, jusqu’à présent, que très peu d’images du plus grand camp d’extermination nazi, avant sa libération en janvier 1945 par l’Armée Rouge. Toutes semblaient avoir été détruites ou disparues, à l’exception des portraits réalisés par le service d’identification du camp et des quatre clichés pris par des résistants polonais montrant des femmes nues en rang ou de cadavres squelettiques en train de brûler. Les époux Klarsfeld avaient, eux, édité en 1980 le précieux « Album d’Auschwitz » qui présentait un reportage réalisé par les SS, exposant l’assassinat de 450 000 personnes durant le printemps et l’été 1944.
Fin septembre, le Mémorial de l'Holocauste de Washington a révélé détenir un album de photos prises durant cette période. 116 clichés représentant les SS, rassemblées dans un album dit « de Karl Höcker », montrent la vie ordinaire d'hommes qui ne l'étaient pas. Leur insouciance contraste en tous points avec l’inhumanité de leurs crimes.
Karl Höcker figure sur presque toutes les photos de l'album. Aucune image n'est signée, mais selon les historiens du Mémorial de Washington, elles ont sans doute été réalisées par deux photographes professionnels allemands, Ernst Hoffmann et Bernard Walter.
L'album aurait été découvert dans un appartement abandonné à Francfort en 1946, par un agent de renseignement de l’armée américaine. C’est en décembre 2006 que ce dernier proposa au mémorial de lui léguer son trésor. Leur authenticité évidente et leur état de conservation excellent fait de ces clichés un objet inestimable.
L’archiviste Rebecca Erbelding a rencontré celui qui avait découvert ces photos et exigea jusqu’au bout de garder l’anonymat. Le vieil homme est décédé, peu après, durant l’été 2007. « Cet album est d'une richesse incroyable parce que nous connaissions très mal la vie quotidienne des bourreaux », explique Rebecca Erbelding au Journal du Dimanche. « Il nous rappelle que les responsables de la Shoah étaient des êtres humains qui passaient du bon temps en famille. C'est ce qui rend cet album tellement effrayant: voir ces hommes en apparence normaux et se dire qu'ils ont fait une telle chose à d'autres hommes. »

Les premières photos datent de mai 1944, période d’extermination la plus intense à Auschwitz. Les dernières montrent Karl Höcker décorant un sapin de Noël, quelques semaines avant la libération d'Auschwitz.
Les chercheurs mettront neuf mois à identifier les personnages photographiés. Ils découvriront, sur neuf photos différentes, le visage de Joseph Mengele, le tristement célèbre médecin du camp ayant pratiqué des expériences atroces sur les détenus, dont il n'existait à ce jour aucune photo à Auschwitz.
On découvre ainsi des photos de grandes tablées, où les SS dînent entre eux ou en famille. De nombreux clichés les montrent en train de rire, l’atmosphère semble détendue, à des lieues des représentations habituelles du camp d’Auschwitz. Sur de nombreuses images, Karl Höcker apparaît avec son chien, auquel un chapitre entier de l’album est dédié.
Des photos présentent aussi les moments de « détente » des SS à Solahütte, leur lieu de villégiature à 30 km du camp dans les montagnes. Dans une atmosphère légère et bucolique, un groupe de SS écoute l’un des leurs jouant de l’accordéon. Parmi eux, Joseph Mengele, l’air jovial.
Environ un million deux cent mille personnes ont été tuées à Auschwitz, dont plus d'un million de Juifs. Alors que des familles étaient séparées, que les déportés mouraient d’épuisement au travail forcé, de faim, de froid ou de maladies, alors que des milliers d’innocents étouffaient dans les chambres à gaz, des SS-Helferinnen, les corps auxiliaires féminins, secrétaires ou dactylographes, posaient, hilares, ou sont photographiées allongées sur des transats, prenant le soleil.
Pour retrouver les différents traitements de ce sujet dans la presse: http://www.lagazettedeberlin.de/4192.0.html
Ben Marcilhacy
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pour comprendre pas mal de trucs sur ce fonctionnement monstrueux et tranquile lire Robert Merle : "La mort est mon métier" et encore Annah Arendt "Eichmann à Jérusalem"