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Olivier Giraud répond à nos questions


Trois questions à Olivier Giraud, chercheur au Centre Marc Bloch, centre franco-allemand de recherches en sciences sociales, à Berlin


Pourquoi trouve-t-on un éventail si large de méthodes pédagogiques alternatives en Allemagne ?

 

Cela s’explique par une méfiance vis-à-vis de l’Etat.

L’éducation classique est stigmatisée car elle est directement associée à des reproductions sociales, à de la segmentation, c'est-à-dire qu’on accuse beaucoup le système scolaire de créer des divisions entre les gens. Et puis, il y a tout l’héritage de la pédagogie anti-autoritaire des années 60.

Une tradition qui remonte à l’entre deux guerres, la grande période des pédagogies alternatives, c’est autour de la 1ère guerre mondiale avec Maria Montessori en Italie, ici les Steiner, les Waldoff. Sauf qu’en Allemagne et en Italie cela a pris plus d’importance car il y avait dans l’entre deux guerres, des traditions intellectuelles de résistance vis-à-vis de l’Etat, qui se sont renforcés suite aux épisodes de fascisme et de nazisme.

Et je pense qu’il n’y a pas eu cette identification entre la citoyenneté et le parcours scolaire, la trajectoire de construction d’une personnalité citoyenne et l’école, ce qu’on a en France. En Allemagne, l’école est beaucoup plus utilitaire, beaucoup moins investie de ce rôle là.

 

Quel est le rôle alloué à l’école primaire?

 

L’école n’a pas la même mission éducative qu’en France.  Dans la constitution, la charge de l’éducation revient à la famille, l’école arrivant en seconde place. Pour eux, c’est même bizarre que l’Etat éduque les enfants et l’imputation des charges collectives à l’Etat est totalement différente.

Pour le très médiatique Bischof catholique d’Augsburg, Walter Mixa, l’école compromet même l’éducation dont c’est à la famille d’assumer la charge.

Les projets de réformes de Ursula Von Leyen, la ministre de la famille, sont vivement critiqués par la droite conservatrice. La ministre promet une augmentation des places en crèche, l’instauration d’une journée complète d’école afin de concilier projets de natalités et de carrière, et relancer une natalité gravement en baisse. Selon elle, le choix de garde des enfants à la maison doit se poser de la même façon pour les hommes que pour les femmes.

Or, en Allemagne, l’image de la mère à la maison qui s’occupe des enfants est encore extrêmement forte, et un fort sentiment de culpabilité est associé aux femmes qui reprennent un emploi rapidement après la naissance de leur enfant.

 

Qu’en est-il de l’intensité des enseignements ?

 

Incomparable ! L’école dure de 8h à 12h30 et même pendant ces heures là, il y a beaucoup de jeux, de chansons, de travail manuel. En France, l’enseignement est beaucoup plus centré sur les apprentissages. Alors que dans les écoles maternelles, la préparation est très encadrée et fait même partie d’un programme, ici, c’est l’inverse.

Dans la plus grande section des Kitas, les plus grands sont invités à pratiquer quelques exercices de reconnaissance des lettres, afin de les préparer à l’entrée à la Grundschule.

La fille d’une de mes collègues qui voulait apprendre à écrire son prénom pour signer ses dessins s’est faite gronder par l’éducatrice qui estimait que c’était beaucoup trop tôt. Elle pensait que ses bourreaux de parents français l’avaient poussé à apprendre à écrire précocement.

L’ambiance en classe est très décontractée. Il y a un nombre important d’adultes, des assistants pédagogiques, des intervenants sport, jeu, maths… qui assistent l’instituteur. Ils contribuent à entretenir un climat très familial et très chaleureux. Les enfants se déchaussent, mettent leurs pantoufles, boivent et mangent en classe.

 








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