Il aimerait pouvoir relater le choc des cultures, témoigner des différences entre la France et l’Allemagne, mais à son grand damne, c’est à peine s’il les remarque.
A Potsdam, Yann Salquèbre est comme un poisson dans l’eau. Enseignant de Français depuis un an dans trois écoles primaires, il n’a même pas l’impression d’avoir eu à s’adapter, « tout s’est fait naturellement. »
A 23 ans, une formation de maître des écoles en poche, ce jeune Vosgeois décide de quitter sa terre natale pour l’Allemagne : « Je n’ai pas eu la chance de partir à l’étranger pendant mes études, donc c’était l’occasion de réaliser ce rêve, et ce en tout début de carrière. »
Après une année d’enseignement en France, Yann participe au programme d’échange d’instituteurs proposé par l’Ofaj pour perfectionner son niveau d’allemand qu’il envisage d’enseigner par la suite. Ou éventuellement changer de métier plus tard.
En attendant, il exerce celui de pédagogue avec passion, prêt à affronter toutes les situations : « Je travaille dans trois écoles différentes, et chacune a un système pédagogique spécifique : il y a une école traditionnelle, une école située dans une zone difficile orientée vers des projets écologiques, et une école Montessori. »
Au lendemain de sa première rentrée, après quelques jours d’observations, Yann se lance devant le tableau et se présente. En français : « Bonjour, je m’appelle Monsieur Yann Salquèbre » Pour ses élèves, ce sera Yann, ou Monsieur Yann. « En France, on m’appelle Maître, ici, c’est Yann, peu importe, la question de respect se place ailleurs. »
Or en Allemagne, familiarité et respect ne sont pas incompatibles, encore faut-il trouver les bonnes ficelles : « Hausser le taux pour montrer qu’on est fâché, ça ne marche pas du tout. Les enfants ne comprennent pas et se mettent à rire. C’est plus efficace de parler fermement et d’être conséquent, plutôt que de donner trois avertissements qui restent sans effets. »
Dans une ambiance décontractée, Yann initie près de 500 enfants au français à travers jeux et chansons. Un programme beaucoup moins lourd qu’en France, qui lui laisse le temps de profiter de la vie allemande.
A peine arrivé, ce féru de ping-pong s’inscrit au club de Potsdam, « ce qui m’a permis tout de suite de créer des contacts. » Entre les entraînements et les compétitions, le sportif retrouve ses coéquipiers pour participer à des courses de kayak le long de la Havel, sortir le week-end.
Et, s’intègre, tout simplement, merveilleusement à son nouvel environnement.
Suite à une première année très positive, Yann vient d’effectuer sa seconde rentrée. « Je ne pensais pas que les Français avaient une image si positive ici, j’ai été très surpris d’être si bien accueilli en Allemagne.’ A l’évidence, le jeune poisson a trouvé son aquarium.
Caroline Du Bled