

Peut-on vivre normalement dans un endroit où rien n’est normal ? C’est la question posée par Robert Thalheim, dans son deuxième film, Am Ende kommen Touristen.
Sven, jeune berlinois, cherche un sens à donner à sa vie. Il voulait partir à Amsterdam mais se retrouve, faute de place, à effectuer son service civil à proximité du camp d’Auschwitz. Le train fait son entrée en gare et le jeune homme ses premiers pas sur le quai. Il doit s’occuper d’un ancien prisonnier, Krzeminski, qui a toujours refusé de quitter les lieux. Traité avec condescendance par le vieil homme, les débuts sont difficiles. Mais Sven va faire la connaissance d’Ania, une étudiante polonaise dont il va tomber amoureux et qui va lui faire découvrir une autre vie… celle d’Oświęcim, celle d’aujourd’hui !
Le nom « Auschwitz » est absent du titre, le camp n’est pas non plus très présent à l’image. « Am Ende kommen Touristen » renvoie à l’équilibre difficile qui existe entre le devoir de mémoire et le droit d’un retour à la normale, entre la préservation d’un symbole de l’horreur nazi et l’inévitable transformation du monde autour.
Comment réagir au fait que la place d’appel accueille aujourd’hui des touristes ? qu’un stand de hot-dog se trouve à proximité d’un mirador ? ou que l’on vende des cartes postales à l’entrée d’un camp de la mort ? Mais finalement il est primordial que les gens voient, qu’ils sachent.
Cette dualité se trouve aussi dans les relations que nouent Sven, d’un côté avec ce vieil homme, survivant d’une Europe déchirée et de l’autre, avec Ania qui veut partir étudier à Bruxelles, le symbole de l’union retrouvée.

Il n’y a pas dans le personnage principal, interprété par Alexander Fehling, de sentiment de culpabilité. Le système concentrationnaire, il le connaît à travers les livres d’Histoire, les films. Il fait partie pour ainsi dire de la « troisième génération », celle qui n’a plus de lien direct avec le national-socialisme. S’il n’est évidemment pas coupable, il doit en revanche apprendre à être responsable, à assumer, comme nous tous, un héritage parfois douloureux. C’est ce qu’il va apprendre lorsqu’il conduit M. Krzeminski dans les écoles, aux commémorations. Quand le polonais s’exprime devant un groupe d’élèves, les questions sont maladroites. Quand il finit son témoignage sur l’enfer concentrationaire devant un parterre d’officiels, ceux-ci ne savent pas s’ils doivent applaudir ou se taire. Sven devient observateur du décalage qui existe entre celui qui se souvient et ceux qui n’ont pas vécu.
Il s’attendait à une lecon d’histoire, et c'est sa propre histoire qu'il va construire...
Fabien Charlon - 16.08.07
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La sortie du film est prévue très prochainement en France mais la date exacte n'a pas encore été fixée.
"Et puis les Touristes" est projeté dans les salles allemandes depuis le 16.08.2007.