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Crédit Photo : Ingrid Leduc

Ces derniers temps, parvenir à croiser Hippolyte Girardot relèverait presque du défi. Avec six films à l’affiche en 2006, l’acteur est venu jusqu’à Berlin pour présenter deux de ses films : Lady Chatterley de Pascale Ferran affichant un palmarès de pas moins de cinq Césars en 2007 et Où avais-je la tête ?, premier long-métrage de Nathalie Donnini présenté à Berlin en avant-première.

 

La Gazette : On peut vous voir dans deux des films présentés lors de la semaine du cinéma français à Berlin. Accompagner un film hors de ses frontières est-il important pour vous ?

 

Hippolyte Girardot : C’est très important pour moi parce que le film est un language plutôt universel. Ne pas en profiter serait vraiment une bêtise. C’est toujours bien qu’un film français se confronte à d’autres publics. On a toujours tendance à rester dans les mêmes références. Se confronter au point de vue d’un public très différent est toujours très instructif. La question qui est intéressante est de savoir à quel moment dans le film ce qu’on raconte parle aussi à des allemands, à des anglais ou à des coréens.

 

LG : 2006/2007 ont été deux années particulièrement chargées pour vous avec de très nombreux films à l’affiche. Est-il simple de gérer une telle actualité ?

 

HP : Ca se passe assez bien. Depuis trois à quatre ans, je travaille plus mais sur d’assez petits rôles. Ce n’est pas beaucoup de jours de tournage, 10 à 15 jours. Les choses s’enchaînent mais la gestion des rôles est très simple et la gestion de l’emploi du temps finalement aussi. C’est plutôt déambulatoire. C’est un peu une promenade que je fais pour le moment.

 

LG : Avez-vous été séduit d'emblée par la proposition de Pascale Ferran de faire une adaptation française du roman anglais de D.H. Lawrence, Lady Chatterley et l’homme des bois ?

 

HP : Il y a longtemps, en 1986, j’avais joué dans un film d’Aline Issermann qui s’appelle L’amant magnifique. C’était la même histoire. Aline racontait une histoire qui lui était propre mais elle avait lu D. H. Lawrence. Elle avait été très admirative notamment du rapport que l’auteur réussissait à faire entre ces corps qui s’aiment et cette nature qui les entoure. Dans L’amant magnifique, il y avait aussi ce souci là. Quand Lady Chatterley est arrivé sur le tapis, ce n’était donc pas un sujet tellement nouveau pour moi. Je trouvais ça normal. Il est intéressant de savoir que c’était un film fait pour la télévision au départ. Pour des raisons qui lui sont très propres, Pascale avait un point de vue très précis sur le film, sur le roman aussi. Quand une femme s’intéresse à cette histoire, l’enjeu n’est pas du tout le même que pour un homme. Selon moi, il y a toujours un portrait de femme derrière, qui est dessiné à travers l’érotisme, la sensualité, le rapport amoureux. Pascale Ferran est un metteur en scène admirable. J’étais juste content qu’elle refasse un film et que ce soit celui là. Je trouvais ça compréhensible.

 

LG : Vous interprétez le rôle de Sir Clifford dans Lady Chatterley, un personnage assez austère mais aussi mystérieux. Quelle est votre perception du rôle ?

 

HG : Quand on lit le scénario, on se rend compte que c’est le mari cocu et handicapé en plus. Il y a donc une première étape qui est de dire que ce n’est pas un rôle très gratifiant. La deuxième étape est de se dire que c’est un rôle que l’on va aimer, puisque Clifford est une victime. Il est dans sa chaise roulante. Puis il y a une troisième étape qui consiste à dire que ce personnage vaut bien les deux autres. Ce n’est pas parce qu’il est handicapé ou que c’est le mari cocu qu’il ne les vaut pas. Quand on aborde le personnage, on l’aborde avec tout ce qui compte pour lui. Cest à dire sa position sociale dont sa femme est aussi victime et dont elle fait aussi partie. Ensuite, sa position de maître vis-à-vis de Parkin, l’amant. Enfin, ce qui compte énormément, c’est qu’il s’est mis dans cette position là pour la grandeur de l’Angleterre. Il est victime certes, mais quand même héroique. Fort de ces éléments là, il ne faut pas aborder ce rôle en faisant pitié comme si on était un vétéran du Vietnam. Il faut arriver dans le rôle en se disant je suis le maitre, c’est vous qui n’avez pas de chance de ne pas être handicapé. Là, c’est une force en fait. A partir du moment où on a cette attitude extrêmement orgueilleuse et supérieure, à ce moment là le rôle devient quelquechose de beaucoup plus bizarre pour les gens qui sont autour. Ce personnage dont on a une idée préconçue au départ devient très intéressant parce que l’on se demande pourquoi il réagit comme ça. Finalement, même avec très peu de scènes et même avec un rôle comme celui là, ça devient quelque chose vers lequel on est attiré qu’on le veuille ou non. On ne sait pas ce qu’il va faire, ce qu’il va décider, s’il va réagir ou pas. C’est le fait que ce soit un peu inattendu qui lui donne un certain danger. Or, à partir du moment où vous faites un personnage qui a un danger au cinema, vous gagnez tout le temps. Les gens n’attendent que ça.

 

LG : Lady Chatterley a été unanimement salué par la critique. Un tel engouement vous a-t-il surpris ?

 

HG : En fait, j’ai deux explications.

La première est que c’est un film très soigné, très réussi, très abouti, et qui fait le portrait d’une femme. Le public féminin au cinéma représente tout de même la moitié sinon plus du public. Or, très peu de femmes se retrouvent dans les choses qu’elles voient. D’une certaine manière, cette femme incarne quelquechose. La critique s’emballe quant à elle parce que dans le paysage cinématographique, l’ambition de Pascale Ferran est énorme et la réussite de ses ambitions est totale. Les critiques sont obligés de reconnaître la qualité du travail de Pascale, donc c’est un grand film. Ensuite, l’autre phénomène est que c’est un film indépendant, fait avec des moyens limités tout en étant très ambitieux et très réussi. Les gens qui votent aux Césars sont des gens qui ont besoin de ce genre de films parce que c’est aussi ce genre de films qui les fait vivre. Comme le film a eu un certain retentissement, évidemment qu’ils vont voter pour ce genre de films. C’est l’effet boule de neige. Ensuite quelquechose s’opère. A cause des Césars, les gens viennent voir le film. D’un seul coup on fait en deux semaines ce que le film avait avant fait en trois mois. Le phénomène n’est pas seulement dû aux récompenses. Encore une fois, il n’y a pas de véritable histoire d’amour au cinéma. Pourtant il en faut. Il n’y a pas d’histoire vraiment passionnelle, romantique, qui emporte. Celle là est très austère, anglaise, réservée certes mais tout de même. Le message est que l’amour rend libre. Or, on a tous envie d’entendre ça. Emotionnellement, c’est un film qui parle aux gens.

 

LG : Qu’est-ce qui vous a attiré dans le film de Nathalie Donnini, Où avais-je la tête ? Supporter un premier film était-il un facteur important ?

 

HP : Mon enjeu personnel dans le film était beaucoup plus de réussir à faire croire à un personnage tel que Paul-Vincent. Chacun avait un peu sa partition à jouer. Le fait que ce soit des gens connus ou pas connus ne comptait pas pour moi. Ce que j’aime dans ce personnage, c’est en fait l’aspect du refus, le renoncement. Malgré son renoncement, il se fait évidemment avoir comme tous les personnages qui renoncent. L’histoire me plaisait beaucoup, il y a un esprit très particulier dans le film qui appartient à Nathalie Donnini et que j’ai toujours trouvé très original. Je la connais depuis très longtemps. Tout cela faisait aussi que j’avais envie d’y aller. Et puis, aider une jeune réalisatrice compte aussi beaucoup pour moi.

 

Propos recueillis par Ingrid Leduc


Questionnaire Gazette express

La Gazette : Quand on vous dit "Allemagne", quels sont les premiers mots qui vous viennent à l'esprit ?

Hippolyte Girardot : En fait rien, je ne connais pas du tout l’Allemagne. Le premier truc auquel ça me fait penser c’est Fassbinder.

 

LG : Votre film allemand préféré ?

HG : Au fil du temps, de Wim Wenders qui est une espèce de ballade dans une Allemagne qui ressemblerait presque à une Amérique fantasmée. Je me souviens qu’à l’époque, ça m’avait vraiment fasciné. 

 

LG : Le dernier film allemand que vous ayez vu ?

HG : La vie des autres, comme un million d’Européens. C’est une histoire extrêmement cinématographique.

 

LG : Votre auteur allemand de prédilection ?

HG : Franchement, je ne sais pas.

 

Propos recueillis par Ingrid Leduc

 

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