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 Crédit Photo : Ingrid Leduc
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Ici Najac, à Vous la Terre, tel semble être le cri d’alarme poussé par la centaine d’habitants de ce petit village d’irréductibles aveyronnais. Le réalisateur, Jean-Henri Meunier, y brosse avec une humanité et une tendresse remarquable les portraits de ses voisins et amis. Une troupe de personnages vifs et chaleureux, du vieux voisin « poète de la mécanique » à la verve drolatique au chef de gare débordant d’ingéniosité pour tuer le temps entre deux trains. Une respiration, un moment de cinéma rare et authentique.
La Gazette : Votre film Ici Najac, à Vous la Terre, est le seul documentaire à avoir été présenté lors de la 7ème semaine du cinéma français à Berlin. Il était également sélectionné à Cannes en 2006 en sélection officielle hors compétition. Vous étiez présent dans de nombreux festivals à Montréal, Vancouver et ailleurs. Est-il particulièrement important pour vous de faire voyager ce film ?
Jean-Henri Meunier : Faire connaître mon film à l’audience la plus large possible est toujours important. C’est une chance. Ce genre de film est assez fragile donc il faut l’accompagner pour arriver à le faire exister au milieu du reste. Ce n’est pas une machine hollywoodienne bien huilée. Cela dit, j’ai aussi besoin de travailler. On passe beaucoup de temps en promotion dans les festivals. Par exemple, en France pour la sortie du film je suis allé dans 110 villes. Cela dit, nous sommes des grands privilégiés grâce à ce réseau de salles d’art et essai.
LG : Comment est né le projet du film ? Qu’est-ce qui vous a amené à Najac ?
JHM : Je suis arrivé à Najac parce que je voulais fuir Paris, me mettre au vert. Quand je suis arrivé, je venais de passer vingt-deux ans en ville. Mais je connaissais très bien la campagne. J’y allais souvent quand j’étais petit parce que mes grands parents étaient paysans. Là, y revenir à quarante ans et rencontrer ces gens m’a donné envie de les filmer. Passer du bon temps avec eux surtout. C’est notre voisin, Monsieur Sauzeau, que j’ai eu envie de filmer. D’un seul coup, cet homme là, je l’ai trouvé magnifique. Tout est parti de là. Le but était de partager des instants avec ces gens, des voisins ou plutôt des amis, puis d’essayer de montrer la beauté de ces gens là. Pendant des années, je ne savais même pas si j’allais en faire un film.
LG : Comment s’est passé le tournage des séquences ? Ce sont des « gens vrais » comme vous dites, quelles étaient leurs réactions face à la caméra ?
JHM : Ce sont des gens qui viennent du réel. Moi, j’étais tout seul avec ma mini-DV. C’est presque une caméra grand public donc il n’y avait pas cette angoisse. Puis passer beaucoup plus de temps avec eux à ne pas filmer qu’à filmer, partager plein d’instants de vie est aussi important. C’était avant tout des rencontres, on s’est choisi mutuellement. J’ai aussi filmé ces gens là à Najac parce que ce sont des gens qui n’ont aucun problème avec la caméra. Ils sont tellement eux-mêmes, ils l’étaient tellement avant de me rencontrer et ils le sont encore tellement aujourd’hui que ce n’est pas une caméra qui allait les changer. Ils sont bien au-dessus de ça. Ils ne se posaient pas de problèmes de cinéma. Ils vivaient ce qu’ils avaient à vivre. Moi, j’étais là avec ma caméra. C’était régulier. Le tournage a duré pendant des années. En même temps, j’étais très présent quand je filmais. J’étais très proche d’eux comme je fais aussi le son. Mais eux faisaient ce qu’ils avaient à faire. Ils faisaient les choses pour eux et pas pour la caméra. Ce sont des amis, des voisins. Je n’ai choisi de filmer que des gens qui étaient complètement à l’aise. Je ne voulais pas les braquer.
LG : Cette dimension très familiale est-elle importante dans la réalisation de vos films ?
JHM : Le relationnel est très important pour moi quand je fais un film. Le travail passe beaucoup par la complicité, l’intimité, la vie, le senti, le ressenti. Je ne peux pas rentrer dans la vie des gens pendant huit jours, les filmer et puis me barrer comme un voleur. J’aurais l’impression d’être un voleur d’âmes.
LG : Votre film a une dimension engagée notamment vis-à-vis des thématiques altermondialistes. Souhaitiez-vous être porteur d’un message ?
JHM : Encore une fois, ce sont ces gens là qui m’ont éveillé à tous ces problèmes environnementaux, à l’alter mondialisme. J’avais conscience de ça, mais je m’en préoccupais beaucoup moins. C’est vrai qu’en les voyant travailler, je me suis dis que c’est génial qu’il y ait encore des gens qui pratiquent une agriculture authentique et respectueuse. Aujourd’hui, il y a une inconscience qui me sidère. Dans le film, Henri cite la phrase de Sitting Bull « On hérite pas de la terre de nos ancêtres mais on empreinte celle de nos enfants ». Si l’humanité avait un peu vécu comme ça depuis cinquante ans, on en serait peut être pas là. D’ailleurs l’Allemagne a l’air peut être un peu plus éveillée que la France. Après, nos petits films peuvent éveiller un peu les consciences des gens qui les voient, mais on ne fait évidement pas les scores des grosses productions hollywoodiennes.
LG : Bien que l’on assiste aujourd’hui à un renouveau de la production documentaire en France, il demeure très minoritaire. Avez-vous rencontré beaucoup de difficultés dans la production et la distribution du film ?
JHM : En fait, je tourne avec peu d’argent. Mes films coûtent 10 000 à 20 000 euros maximum au tournage. Cette étape passée, j’ai eu la chance de pouvoir montrer mon travail et à chaque fois j’ai pu trouver des producteurs très facilement. Pour la distribution, c’est déjà plus dur. Il y a un énorme turn over et il est difficile pour ce genre de film de résister. Encore une fois, on arrive à les faire exister parce qu’on les accompagne.
LG : Où en sont les gens à Najac ? Quelles ont été leurs réactions par rapport au film ?
JHM : Les gens du film avaient vu les rushs et différents montages. Ils n’ont pas découvert le film de but en blanc donc ça n’a rien changé pour eux. Ce sont des gens tellement forts, ils sont tellement eux-mêmes que ce n’est pas un film qui va leur changer la vie. Les autres habitants de Najac ont apprécié pour la plupart, même s’il y en avait quelques uns qui faisaient un peu la tronche. Ils ne comprenaient pas pourquoi je montrais ces gens là plutôt que d’autres. Je ne faisais pas un film touristique. J’adore les œuvres de Steinbeck comme Tendre Jeudi, Tortilla flat ou La rue de la sardine. Quand j’ai rencontré les gens de Ici Najac, ils me rappelaient les personnages de Steinbeck. Quand je tournais, je me disais que si mes personnages devaient quitter mon film pour rentrer dans un autre film, je les verrais bien rentrer dans Bagdad Café de Percy Adlon. J’avais adoré l’humanité qui émane de ce film. Pour moi, le plus important c’est de montrer que des gens qui viennent du réel peuvent aussi vous faire rire, réfléchir, rêver, vous émouvoir et vous faire pleurer. Ca prouve aussi que le cinéma ce n’est pas que les stars et les paillettes.
Propos recueillis par Ingrid Leduc.

QUESTIONNAIRE GAZETTE EXPRESS
La Gazette : Quand on vous dit "Allemagne", quels sont les premiers mots qui vous viennent à l'esprit ?
Jean-Henri Meunier : Je ne connais pas suffisamment, mais à l’époque j’avais fait un film avec Leni Stern. C’est la femme de Mike Stern, le guitariste de Miles Davis. On s’était pas mal baladé à Cologne, à Munich… Aussi, quand j’étais môme, ma ville avait un jumelage avec Nürtingen. Une fois, quand j’avais 14 ou 15 ans, j’ai fugué et je suis allé rejoindre mes correspondants allemands. Et puis, Berlin évidement. C’est une ville mythique. Les gens sont moins coincés qu’en France je trouve.
LG : Votre film allemand préféré ?
JHM : C’est très dur… j’adore Fassbinder. J’adore aussi Au fil du temps de Wim Wenders, les films de Werner Herzog. Tous les classiques allemands également.
LG : Le dernier film allemand que vous ayez vu ?
JHM : Le film que tout le monde a vu dernièrement, La vie des autres.
LG : Votre auteur allemand de prédilection ?
JHM : Bertolt Brecht.
Propos recueillis par Ingrid Leduc.
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