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Crédit Photo : Ingrid Leduc


Rencontre avec Benoît Jacquot, cinéaste prolifique et talentueux qui nous livre avec son dernier film, L’Intouchable, une œuvre juste et poétique. La gracieuse Isild Le Besco y évolue pour la troisième fois derrière la caméra du cinéaste, dans une quête identitaire à travers l’Inde d’aujourd’hui.

 

 

La Gazette : Votre dernier film L’Intouchable a été présenté en ouverture de la 7ème semaine du cinéma français à Berlin. Présenter vos films en dehors de l’Hexagone vous tient – il particulièrement à cœur ?

 

Benoît Jacquot : Oui pour moi c’est très important. D’abord que le film voyage hors de ses frontières, et qu’il soit vu le plus souvent et le plus loin possible de son port d’attache. Ca m’apporte beaucoup de rencontrer des gens ici et là, aussi bien en Chine qu’en Allemagne. Ce qui est très intéressant c’est de trouver des choses qui reviennent toujours, où que l’on soit. Toucher les gens universellement.

 

 

LG : Avez – vous un rapport privilégié à l’Allemagne, à la culture allemande ?

B.J : Au niveau de la production je travaille assez fréquemment avec ARTE, en tous cas pour des films que je fais dans un certain registre. ARTE est une institution franco-allemande donc ne serait-ce qu’à ce titre là, en effet je suis très intéressé par l’Allemagne. Mais je ne connais quasiment pas la langue allemande ce qui me laisse un peu en dehors de ce que vous appelez la culture allemande, puisque la culture c’est la langue pour commencer. Ceci dit, je suis un consommateur très copieux de langue allemande traduite donc entre la littérature, la philosophie et la musique ça fait déjà beaucoup.

 

 

LG : Que pensez-vous du nouveau cinéma allemand ?

 

B.J : Le cinéma allemand est maintenant en train de retrouver une vie très vaillante. Mais historiquement, le cinéma allemand des années 1920 a été pour moi très important et très formateur, comme pour la majorité des cinéastes.

 

 

LG : Vous avez dit que le film L’Intouchable demeure assez mystérieux pour vous. Pourriez vous donner en quelques mots votre vision du film?

 

B.J : Je dirais que c’est l’itinéraire mental et géographique en même temps d’une jeune femme qui va très loin d’elle-même, pour tenter de se retrouver le plus prêt possible d’elle-même.

 

 

LG : Comment est né le projet du film L’Intouchable ?

 

B.J : Pour commencer je pensais faire un film avec Isild Le Besco où elle partirait en Inde. En essayant de concocter un argument pour construire un scénario préalable, j’ai aussi pensé à ce film, La croisée des destins, de George Cukor. C’est un film où Ava Gardner est en principe anglaise en Inde. Elle vit très mal sa propre division entre son père indien et sa mère anglaise. A un moment donné elle veut devenir à part entière indienne et hindou. Il y a alors une très belle scène où elle cesse de s’habiller en occidentale et où elle s’habille et se pare en indienne. J’ai un peu repris ça.

 

 

LG : Vous construisez souvent un film autour de cette envie de tourner avec un acteur ?

 

B.J : Oui, ou quelque fois  autour de l’envie qu’a un acteur de faire un film avec moi, comme c’était le cas pour Isabelle Adjani ou Catherine Deneuve.

 

 

LG : C’est votre troisième collaboration avec Isild Le Besco depuis le tournage de Sade. Cette continuité dans la création cinématographique entre un cinéaste et son acteur est-elle importante?

 

B.J : Oui, c’est quelque chose qui m’apporte beaucoup. Avec Isild, on sait tout l’un de l’autre, c’est presque de la télépathie. D’ailleurs, comme l’on sait très bien l’un et l’autre ce que l’on veut réellement et ce que l’on ne veut absolument pas, on ne perd vraiment pas de temps. De toute façon Isild Le Besco est une actrice et une femme inconditionnelle, très radicale et absolue à partir du moment où elle décide d’être dans un film.

 

 

LG : Ce n’était pas votre première expérience en Inde. Etait-il important pour vous de placer ce voyage initiatique au cœur de l’Inde ?

 

B.J : Avec le temps je commence à connaître pas mal de coins de la planète. L’Inde est le seul pays lointain où il soit de toute façon impossible de faire du tourisme. C’est toujours une expérience. C’est quelque chose dont on ne sort pas indemne. Dont on revient modifié, sinon changé, sinon transformé et où curieusement on va loin mais pour être confronté à quelque chose qui est très proche de soi.

 

 

LG : Le film montre bien le sentiment d’être « étranger » à un pays. Est-ce une situation que vous appréciez ?

 

B.J : Oui, j’aime beaucoup vivre dans un état d’étrangeté là où je ne vis pas. C’est l’une des expériences les plus passionnantes que je connaisse.

 

Propos recueillis par Ingrid Leduc.


Questionnaire Gazette Express

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La Gazette : Quel est votre endroit favori à Berlin ?

Benoît Jacquot : Je ne connais pas très bien… l’hôtel Concorde.

 

 

 

LG : Votre film allemand favori ?

B.J : Nosferatu.

 

 

 

LG : Le dernier film allemand que vous ayez vu ?

B.J : La vie des autres.

 

 

 

LG : Un auteur allemand qui vous tient à cœur ?

B.J : Robert Musil, de langue allemande mais il n’est pas allemand il est autrichien.    

 

 

 

Propos recueillis par Ingrid Leduc.

 

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