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 Photo : Magdalena Kallenberger
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Majorque à l’heure allemande
Quizz de l´été : quel est le nom du 17ème Bundesland allemand ? Majorque évidemment ! Avec plus de 3,5 millions de touristes allemands par an pour moins d´un million de majorquinis, entre juin et septembre, la langue de Goethe y est quasi officielle. Dès l´aéroport, les vacanciers se déversent en deux flots distincts : d´un côté, par les navettes pour la plus fameuse plage de l´île, l´Arsenal, de l´autre, vers les loueurs de voitures privées.
Au bord de l’Arsenal, bordée de balenarios, complexes festifs et gastronomiques, les Allemands ont leur enclave, le Numéro 6. Rebaptisé Ballerman 6, du nom d´origine d´un bar de Karlsruhe, la marque déposée Ballerman est à la fois un lieu, une ambiance, des compils de l´été, et même un film (1). Dans le bar, pour maintenir l´état d´ébriété générale, la sangria se commande dans des vases géants plantés d´un bouquet de pailles. Toute une tablée peut siroter simultanément le breuvage local. Au sein de cette joyeuse colonie, le mot « sangria » est bien le dernier résidu hispanophone. Sur les devantures, les cartes et les boutiques, pas un mot d´espagnol. Si bien que les locaux eux-mêmes n´y mettent plus les pieds.
« Quand j'étais plus jeune, je suis entré dans un bar et la serveuse qui ne parlait pas un mot d´espagnol, m'a fait comprendre que c´était reservé aux Allemands. Les Espagnols devaient aller plus loin » se souvient Pedro Deltel, 30 ans, originaire de Valdemossa. Jusque dans les médias, tout est prévu pour se sentir comme à la maison. Les Allemands disposent de leur quotidien, die Mallorca Zeitung, de l’« Insel radio » qui émet en allemand, ainsi que des jounaux télévisés de Canal Cuatro. Et comme il n´est pas de société sans idoles, la communauté germanique a trouvé sa star en la personne de Jürgen Drews, qui fit un malheur avec son tube « Ich bin der König von Mallorca ». Voilà de quoi rassurer ses concitoyens. Par chance, le « prol’ » n´est pas l´unique représentant de son pays en terre majorquine. A peine s’éloigne-t-on des sites touristiques, l´île présente un tout autre visage de reliefs escarpés parsemés de petits villages. Sur ces routes tortueuses de montagnes, des voitures de curieux s´aventurent sur les traces de Chopin et Georges Sand, premiers illustres visiteurs de l´île qui séjournèrent à la chartreuse de Valdemossa en 1938.
Prêts à tout pour ne pas être confondus avec leurs concitoyens, ces rescapés de Ballermann tentent de masquer leur origine dans un espagnol à couper au couteau : Unna serbessa pochfawor ! Et ça marche : « Ces voyageurs individuels sont les préférés des professionnels du tourisme, raconte Pedro. Ils sont ouverts, respectueux de la nature… En plus, ils laissent toujours de gros pourboires ! ».
Avec 93% du PIB, le tourisme est le nerf de l´économie des Baléares. Mais pour les habitants, le prix de la prospérité devient trop élevé : constructions tout azimuts, montagnes de déchets sur les plages, manque d´eau... En mars dernier la première manifestation anti-touristes de l´histoire a rassemblé plus de 50 000 personnes dans les rues de Palma. La légitimité du trône de Majorque est ébranlée.
Caroline Du Bled
1- Ballerman 6, comédie de Gernot Roll, a été réalisé en 1997