imprimer   13.02.2012 
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Une femme élégante, regard dans le lointain, cigarette à la main, visage qui se superpose à un journal : c’est un autoportrait de Ré Soupault, la femme du « dernier surréaliste », l'amie de Man Ray, d’Elsa Triolet, de Gisèle Freund, qui ouvre l'exposition du Martin Gropius Bau. Comme si ce qui importait, c'était cette femme elle-même, plus encore que son oeuvre photographique.

 

 

Le curateur de l’exposition, Manfred Metzner, a du mal à s'arrêter. Car raconter la vie de Ré Soupault, c’est se lancer dans un roman passionnant qui a pour toile de fond le vingtième siècle et le monde entier. Etudiante au Bauhaus de Weimar, élève de Kandinsky et de Paul Klee, celle qui est née Meta Erna Niemeyer se lance dans la vie culturelle berlinoise des années 20, trépidante. Puis, après avoir renoncé à partir pour le Moscou soviétique, elle choisit Paris. C’est là qu’elle crée un studio de mode, invente une robe qui se transforme selon les besoins et les obligations d’une journée de femmes qui travaillent… Avec Philippe Soupault, alors grand reporter, elle parcourt le monde, des Etats-Unis à la Tunisie, traduit les plus grands poètes français, elle écrit, elle photographie. Ce qu’elle voit et ce qu’elle vit. « Je n’ai jamais pris une photo posée. Tout ce que j’ai photographié venait directement de la vie », disait-elle en guise de tout manifeste. Ses appareils photo étaient le plus discret possible, comme si la plus haute ambition était de saisir l'instant, photographier « la seconde magique », en dehors de tout trucage ou montage, loin de tout surréalisme : Ré Soupault ne fut jamais dans l'ombre de son mari.

 

 

Instants heureux de la France du Front populaire, souvenirs de voyages avec son mari, vie quotidienne en Tunisie, moments dramatiques de l’Espagne de 1936 et de l’Allemagne de l’après-guerre : tout vaut la peine d’être immortalisé. Surtout les hommes et les femmes, bien plus que les paysages, que la photographe saisit sans jamais de condescendance ou d’apitoiement. Leurs visages et silhouettes se succèdent au cours de la grande rétrospective du Martin Gropius Bau, où les clichés jouxtent des lettres, des pages de journal intime, des articles de journaux : cette exposition embrasse une vie – on regrettera cependant l’absence des créations vestimentaires de Ré, qui ont révolutionné la mode des années 30. Une expérience humaine se détache et s'impose, dans cette vie et dans le parcours du visiteur: la visite du « Quartier réservé » de Tunis, périmètre fermé où étaient emprisonnées à l’époque coloniale les prostituées, femmes déchues et répudiées. Une femme aux bras nus et tatoués, sans voile, se maquille avec une application qui ne dissimule pas son désespoir ; d'autres, derrière des grillages, au regard incroyablement mélancolique qui a renoncé depuis longtemps à la supplication, attendent, assises ou allongées, dans un monde sans hommes et sans événements. Aucune compassion dans ces clichés, pas de dénonciation même, mais une confrontation avec la réalité, avec la vie…

 

 

Au Martin Gropius Bau, jusqu’au 13 août

Du mercredi au lundi, de 10h à 20h

 

Aurore Peyroles








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