imprimer   14.03.2010 
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Si les tissus humains acquièrent le statut de médicaments comme le suggérait dernièrement le ministère allemand de la Santé, ils pourraient être vendus. Le don d’organes, anonyme et gratuit, serait-il à l’article de la mort?

 

Le chevet d’un mourant risque de devenir une véritable salle d’enchères: c’est ce que craint Hans-Ludwig Schreiber, président de la commission Transplantation de l’Ordre fédéral des médecins allemands. Si la vente de tissus humains est autorisée, les coordinateurs de la Fondation allemande de transplantation d’organes (1) qui demandent des dons volontaires et gratuits seront confrontés aux représentants des banques de tissus qui pourraient offrir de l’argent en échange de cellules hépatiques ou de valves cardiaques.

Un marchandage auprès des proches du patient que le corps médical comme les caisses d’assurance maladie ont clairement refusé début mars, lors de la présentation du projet de loi visant à transposer la directive européenne de 2004 sur les normes de qualité et de sécurité pour les tissus et cellules humains. Tous refusent cette situation de concurrence entre don d’organes et vente commerciale de tissus humains, résultant du fait que ces derniers acquièrent le statut de médicaments. Le ministère allemand de la Santé devrait proposer une nouvelle version du projet de loi courant mai. L’incident révèle néanmoins la soumission toujours plus grande de la médecine aux lois du marché.

 

 

Comment faire face à la pénurie d’organes et en éviter le trafic ?

Tels sont les défis d’une époque où les progrès de transplantations sont indéniables mais où les taux de refus de prélèvement restent élevés. En Europe, 40 000 patients sont en attente de greffe ; 10 d’entre eux décèdent chaque jour. Et d’un État membre à l’autre, le don d’organes varie considérablement avec plus de 30 dons par million d’habitants en Espagne à 6 en Grèce. Il faut dire que les Européens ne sont pas tous logés à la même enseigne. Pour les uns, le prélèvement est autorisé sauf si le donneur a exprimé son refus. C’est le système du «consentement présumé» en vigueur en France. Pour les autres, la collecte d’organes n’est autorisée que si le donneur a clairement exprimé son consentement de son vivant. C’est le système du «consentement explicite» adopté par l’Allemagne - qui envisage cependant un changement de régime.

 

La différence entre ces deux systèmes n’aurait toutefois pas tant d’influence sur les chiffres de prélèvement, les équipes médicales s’assurant dans la pratique la plupart du temps de l’avis des proches. Pour Eckhard Nagel, directeur du centre de transplantation d’Augsbourg et vice-président du Conseil National d’Ethique, le principe du consentement présumé serait cependant préférable, peu de personnes se donnant la peine d’exprimer explicitement leurs voeux. L’effort serait également à porter sur la communication des équipes médicales avec les proches, ceci afin d’obtenir plus facilement leur accord pour un prélèvement.

 

Enfin, les avancées de la médecine dansle domaine de la xénogreffe (donneur et receveur d‘espèces différentes) pourraient venir changer la donne. Selon le spécialiste en xénotransplantation Eckart Thein, nous serons certainement capables, dans 25 ans, de greffer des cellules de pancréas ou encore des valvules porcines transgéniques qui ne seront plus massivement rejetées. La solution techniquement parfaite resterait selon lui bien sûr le clone comme «banque d’organes». Au diable, l’image des transplantations commerce de pièces détachées?!

 

 

Charlotte Noblet

 

Pour demander en un clic sa carte de donneur:

www.france-adot.org

 

(1) Deutsche Stiftung Organtransplantation - équivalent allemand

de l’Agence de biomédecine

 

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