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«Qu'est ce qu‘il y a à la télé ce soir ?» Oubliez cette phrase rituelle des fins de dîner familial. Vingt ans après l'émergence du câble et du satellite en Europe, qui démultipliait le choix de programmes, le monde de l'audiovisuel est en train de changer d'ère. Fini le «broadcasting», voici l'«egocasting» ! Mais que se cache t-il sous ce jargon anglosaxisant?

 

Pour le broadcasting, la «diffusion large» est le modèle même de la télévision depuis sa création. Il s'agit de diffuser un programme unique au plus grand nombre possible de cerveaux disponibles. Le contenu est produit au sommet à destination de la base, qui n'a comme choix que le zapping ou l‘extinction pure et simple du téléviseur.

 

 L'egocasting, c'est l'inverse. Chacun fait son programme à la carte. Le vecteur principal de cette révolution est encore une fois l'Internet, une technologie dont les possibilités sont infinies par rapport aux ondes télévisuelles. Sur un site comme Dailymotion, on peut retrouver la majorité des émissions diffusées à la télévision en faisant une simple recherche. Pas besoin d'être à la maison à 19h55 pour regarder les Guignols, on peut les retrouver gratuitement quelques heures plus tard sur le web.

 

Mais toute révolution est suivie de son cortège de problèmes, voire d’exécutions sommaires.

 

 Le plus important, le nerf de la guerre, est le financement. L'équation est alors simple: diffusion sur Internet égale pas ou peu de revenus publicitaires. Avec le broadcasting, la traditionnelle page de pub est une poule aux oeufs d‘or pour les chaînes. TF1, principale chaîne française, n'en fait pas mystère. Sur son site, on peut lire que 30 secondes de réclame après la grand’messe du 20h coûtent jusqu‘à 100 000 euros. Par contre, sur son site Internet où le journal est disponible gratuitement moyennant une seule annonce publicitaire, le tarif dégringole à 35 000 euros... pour une semaine entière! Pas de quoi financer des émissions de plus en plus coûteuses à produire, d'autant que par ailleurs, les chaînes ne récupèrent pour l'instant aucun revenu des diffuseurs Internet comme Youtube ou Dailymotion. Si des partenariats entre ces plateformes et de grands réseaux de télévision ont été signés, notamment aux Etats-Unis, les chaînes hésitent quant à la stratégie à suivre face à cette concurrence. En Allemagne, RTL faisait savoir en avril dernier qu'elle lancerait sa propre plateforme de diffusion sur Internet. Baptisé « Clipfish », le service de vidéo à la demande sur Internet du géant de la télé européenne entend aller pêcher dans les filets de Youtube, avec du contenu exclusif. Mais là encore, le financement n'est pas aussi évident. L'idée d‘inclure de la publicité à l'intérieur même du programme peut être un début de réponse mais au prix d‘une baisse sensible de qualité et de crédibilité.

 

 

Du point de vue du consommateur, ce flou est parfois bénéfique. Les jeunes générations en particulier s'habituent à ce choix quasi-infini de programmes. La télévision a longtemps eu un rôle de ciment social, avec ces discussions le matin devant la machine à café sur le programme de la veille, suivi par des millions de téléspectateurs en même temps. Or ce temps sera bientôt révolu avec la généralisation de l‘egocasting. Autre aspect très intéressant, pour la création cette fois. Grâce au développement des caméras numériques et à la popularité des plateformes vidéos sur Internet, la quantité de contenus explose! Cela vient de partout, ne ressemble parfois à rien et se révèle parfois génial...et rentable. Kamini, infirmier la semaine et rappeur le dimanche en sait quelque chose. Le Picard inconnu a en effet réalisé en août 2006 un clip avec des bouts de ficelles qu'il a placé sur Internet. Six mois plus tard, il avait vendu 500 000 exemplaires de son single!

Du point de vue du consommateur, ce flou est toutefois bénéfique. Les jeunes générations en particulier s‘habituent à ce choix quasi-infini de programmes. La télévision a longtemps eu un rôle de cime

 

Philippe Dialo

 

Voir aussi :

>> L'industrie de la glace ne fond pas

>> Où est produite la télévision allemande?

>> En Bref








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