Parts d'audience des différentes chaînes de télévision allemandes
Si l’histoire de la télévision allemande remonte à 1935, avec la première diffusion au monde de programmes réguliers, la télé allemande sous sa forme actuelle date de 1952. Trois chaînes publiques, ARD, ZDF et 3SAT, neuf chaînes régionales, et quatre chaînes privées…voilà pour les chaînes généralistes qui composent le paysage audiovisuel allemand, hors chaînes câblées et spécialisées. De la création des chaînes publiques dans les années 50 et 60 à celle des chaînes privées dans les années 80 la télévision allemande, plus gros marché audiovisuel d’Europe, fête cette année ses 55 ans. Bien sûr, la télé allemande propose son lot de séries américaines et de shows de télé-réalité qui ne dépayseront pas le téléspectateur français. Mais qu’est ce qui fait la germanité de la télé allemande? Wolfram Schrag, juriste, journaliste et auteur du livre Medienlandschaft Deutschland, paru chez UVK en février 2007, et Hans-Günther Brüske, ancien coordonnateur et directeur d’Arte Allemagne et actuel directeur des programmes de la SR, ont répondu à nos questions.
Quelles sont les différences entre les chaînes publiques allemandes et françaises? La notion de service public existe-elle en Allemagne?
Wolfram Schrag : Sous le Troisième Reich, un régime a pour la première fois totalement contrôlé la presse à des fins de propagande. Après la Seconde Guerre Mondiale, personne ne voulait donc d’un audiovisuel centralisé. C’est le modèle de la BBC qui a été adopté, avec le principe de la redevance. Et avec le fédéralisme, chaque Land (au début) a disposé de sa propre chaîne. Ces chaînes ont toutes leur propre programmation mais sont chapeautées par l’ARD qui fournit un programme commun. Ainsi, les Tagesschau (les J.T.) et les Tagesthemen (Thèmes du jour) sont faits par l’ARD mais les fictions comme « Tatort » sont produites par les chaînes régionales. Pour ce qui est de sa mission, le service public doit bien sûr proposer de l’info et de la culture. Mais s’il ne faisait que remplir sa mission, ça ne marcherait pas. L’ARD a aussi besoin d’un showman comme Harald Schmidt, même s’il coûte très cher! Le montant de son contrat n’a d’ailleurs pas été révélé, même si on en a beaucoup parlé.
Hans-Gunther Brüske : La publicité est un bon exemple des différences entre le service public à la française et à l’allemande. En Allemagne, le service public ne peut pas diffuser plus de 20 minutes de pub par jour et à partir de 20h, il n'y a plus de pub. La règlementation est différente en France. Autre différence, les informations. Le Tagesschau, notre grand-messe, est plus court et sa présentation est moins personnalisée. L'organisation de l'information est également moins dramaturgique. Le journalisme à l'allemande s´inscrit en effet dans une tradition plus anglo-saxonne. Nous sommes plutôt orientés vers un journalisme factuel, plus sec et plus sobre.
Comment se porte l’audiovisuel allemand?
W. S. : Un peu mieux au vu des années passées, surtout pour les chaînes privées! Le début du 21ème siècle a été très dur pour l’audiovisuel allemand. La télévision est, de manière générale, un média très cher. Donc on se pose beaucoup de questions sur l’avenir des financements: la Pay-TV est-elle l’avenir de la télévision? Ou bien est-ce la Video on demand?
H-G.B. : Il n'y a jamais assez d'argent! Les producteurs et les sociétés indépendantes aimeraient produire plus, les salariés aimeraient qu´on augmente leurs salaires! D'un point de vue général, et l'audimat le prouve, l'audiovisuel public allemand est performant sur le plan de la concurrence et de la qualité face aux chaînes privées. Le secteur réalise presque 50% de part de marché. Le Tagesschau diffusé sur la Une et sur la 3 fait environ 30% de part de marché tous les jours, ce qui est énorme et génial! D'autre part, l'Allemagne est le plus gros paysage et marché audiovisuel d´Europe.
Qu’est ce qui est typiquement allemand selon vous à la télé?
W. S. : L’horaire du prime time, à 20h15. Après le Tagesschau de 20h. Et puis, ces séries qui existent depuis des décennies, comme Tatort, à l’antenne depuis 1971! Je remarque aussi actuellement une grosse tendance aux jeux et aux émissions culinaires. La très difficile situation économique de 2004-2005 y est pour quelque chose: tout le monde ne parlait que de chômage, de Hartz IV, de réforme de santé, de la hausse des impôts…bref, les gens ne voulaient plus en entendre parler et devant le petit écran, les téléspectateurs veulent s’amuser, se divertir, en famille, tout simplement réfléchir à autre chose. D’où tous ces jeux à la télé. Pour ce qui est des émissions culinaires, il faut sans doute chercher du côté de l’énorme succès de Jamie Oliver en Grande-Bretagne. Pour les chaînes, c’est très avantageux: non seulement ces émission ne coûtent pas grand-chose (il faut juste un studio, quelqu’un qui parle bien, deux caméras, une cuisine et c’est tout!) et en plus, elles gagnent des sous sur le livres de recettes de l’émission!
H-G.B.: Typiques de notre paysage audiovisuel, ce sont aussi toutes ces séries et fictions axées sur la vie allemande, avec des acteurs allemands, souvent connus. La télévision publique mène une politique culturelle pro-allemande. Sur les chaînes publiques, il y a très peu de fictions étrangères. Ce phénomène a commencé dans les années 80 et s’est accentué avec les succès ahurissant de La Clinique de la Forêt Noire, entre autres. On a compris que le public allemand, surtout les plus de 50 ans, acceptait plus volontiers des séries produites en Allemagne et proches d’eux que des séries étrangères. Il s’agit aussi d’une réaction des chaînes publiques à l’essor des chaînes privées, qui, elles, proposent plus de programmes étrangers.
La télévision allemande s’exporte-telle bien ?
W. S. : Certains programmes s’exportent très bien, les Krimis surtout. Sans doute parce qu’ils ne sont pas aussi violents que les séries policière américaines et qu’il s’agit plus d’études de milieu, plus psychologique.
H-G.B.: La télé allemande s’exporte pas mal, mais il y a toujours des terrains à conquérir.