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A des années lumière du bien mièvre Before sunset qui fit son succès international en tant que scénariste, l’actrice française exilée à L.A. nous livre ici une comédie enlevée, bourrée de bons mots et de scènes cocasses, se jouant avec un humour très allenien des clichés de part et d’autre de l’Atlantique: jack (Adam Goldberg), le juif new yorkais un tantinet paranoïaque, paumé dans le Paris de Marion (Delpy), sa dulcinée, une Frenchie libérée affublée de parents gouailleurs et d’ex aussi nombreux qu’envahissants. un Delpy à la woody, servi par des acteurs formidables (y compris les vrais parents de l’actrice). une (bonne) surprise, qui depuis sa première à la Berlinale 07 continue un parcours sans faute dans le circuit indépendant. Rencontre.

 

Tous ces clichés sur la France et les Français : mythes ou réalités ? 

Certains clichés sont des réalités. Si vous vous baladez sur un marché parisien, vous allez bien voir des étalages de têtes de veau. Et puis les Parisiens parlent beaucoup de sexe – c’est un fait. Mais c’est aussi le point de vue paranoïaque de Jack. Et sa paranoïa se nourrit de clichés: comme par exemple que les Françaises ont des amants dans tous les coins. Et bien sûr, Marion est entourée d’ex et Jack se dit: « Oh, mon dieu, c’était donc pas un mythe…». Mais Marion n’est pas si terrible. En fait, on est toujours entre cliché et réalité… Il y a des petites provocs, comme la mère dévergondée qui dans sa jeunesse aurait copulé avec tout ce qui passe, y compris Jim Morrison.

  

Les Français sont-ils vraiment de tels obsédés ?

En tous cas, ils parlent sexe plus que les autres - ce qui ne veut pas dire qu’ils passent à l’acte plus souvent! En la matière, il n’y a pas de nation qui ait la palme. Mais chez les Américains, c’est plus dissimulé.

 

Vous décrivez les Parisiens comme plutôt bourrus, voire grossiers…

Ils le sont! Quand vous êtes balloté dans le métro parisien, les gens vous poussent sans jamais s’excuser… Pour quiconque vient de L.A., c’est choquant. Mais les Berlinois sont plutôt coriaces aussi, dans leur genre. Si vous posez une question à un Parisien et qu’il n’a pas envie de vous répondre,il va vous rembarrer: ‘WaghWahghWagh!’. Le Berlinois lui vous ignore et continue son chemin. Parisiens et Berlinois sont de vrais cousins!

 

Vous semblez un peu nostalgique de ce manque de civilité… 

J’aime assez cette incivilité de surface. J’aime les villes où les gens semblent bourrus, et finalement à y regarder de plus près sont plutôt gentils. A L.A. c’est tout l’inverse. Tout le monde est si charmant, souriant, mais à la première occasion, ils vous poignardent dans le dos. Hollywood surtout, c’est vraiment pourri. La seule chose rédhibitoire à Paris, ce sont les automobilistes. Ces dingues lâchés dans la ville qui manquent de vous tuer à chaque coin de rue – c’est fatigant!

 

D’ailleurs Marion et Jack passent pas mal de temps dans les taxis, ce qui donne lieu à des scènes désopilantes. Du vécu?

Oui, des histoires de taxis cinglés, j’en ai eu des tonnes. Certaines ont fini au poste…

 

Si vous les provoquez comme Marion…

Oh non! Moi, si un chauffeur de taxi me déverse son délire raciste, je préfère descendre. Je n’ai pas envie de recevoir un poing dans la figure! Marion, elle n’a pas peur, elle y va... ça c’était vraiment cathartique pour moi!

 

Vos parents jouent ceux de Marion dans le film. Comment ça fait de diriger ses propres parents ?

Ça peut être stressant de demander à son père de refaire une scène et qu’il vous dise: « Non. C’était bon la première fois ». Et si j’insiste: « Je n’ai pas d’ordre à recevoir de toi » - « Si. C’est moi le metteur en scène! » Mais dans l’ensemble on s’est bien amusés. Et maintenant quand je les vois à l’écran, ils me font tellement rire! Ils sont si drôles mes parents, je les adore.

 

Comment Daniel Brühl s’est-il retrouvé dans votre film?

Je connaissais déjà Daniel, je lui a vais parlé du film et il l’avait trouvé hilarant. Il m’avait aussi confié qu’il aimerait faire une comédie. Alors je lui ai demandé: « Voudrais-tu jouer une pédale terroriste écolo? » Il a dit oui!

 

Delpy à Paris dans un rôle de Frenchie en vadrouille romantique aux côtés d’un Américain… après Before sunset, un vrai défi. 

Oui, l’accroche était en gros la même, mais c’était le meilleur moyen de trouver des financements. Dans le business, ils préfèrent faire le même film encore et encore plutôt que de se lancer dans quelque chose de nouveau. C’est bizarre, mais c’est comme ça. Alors si je leur dis: « c’est juste un film sur une fille avec son copain américain à Paris », ils se sentent rassurés. « Oh, elle l’a fait avant! » Alors je leur ai vendu comme un truc romantique léger. J’ai corsé les choses à l’écriture pour en faire cette comédie bizarre…

 

Pourquoi une actrice se met-elle à la réalisation? Le meilleur moyen de décrocher des rôles sur mesure?  

Bien sûr, il y a des exceptions, comme avec Linklater ou Jarmusch, mais trop souvent je lis des scénarios qui ne m’emballent pas. C’est frustrant que Tim Burton ou Lars von Trier ne viennent pas me chercher, mais que faire? Se désespérer et attendre? J’ai découvert que je pouvais faire mes propres films et j’y prends un plaisir immense!

 

Nadja Vancauwenberghe

 

Deux jours à Paris, de Julie Delpy, France, 2007.

Sortie le 17 mai.

 








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