imprimer   31.07.2010 
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Partagé entre la Suède, Paris et Berlin, Peter von Poehl, musicien à tiroir, a collaboré avec les plus grands noms avant de se lancer en solo. A l'occasion de sa tournée en Allemagne, nous avons rencontré ce virtuose sans emphase, mais tout en talent.

 

 

 

Vous avez longtemps travaillé avec ou pour les autres (Vincent Delerm, Marie Modiano, Michel Houellebecq, Bertrand Burgalat…). Comment est né votre album solo, Going to where the tea trees are?

Au début, sur les projets, j'étais surtout un employé, mais j'écrivais des chansons depuis longtemps. Il y a même un disque que j‘ai réalisé il y a 4 ans et qui n‘est jamais sorti. En fait, c‘était un peu douloureux, comme un échec, mais je me suis rendu compte que c‘était bien plus compliqué que ce que j‘imaginais de sortir un disque. Et puis, je ne voyais pas le sens de tous ces morceaux que j‘avais écrit. Il manquait une direction à toutes ces chansons. Jusqu'à une semaine avant la sortie de l‘album en France (en 2006), c'était encore un peu bordélique.

 

 

Les morceaux de ce premier album ont des refrains faciles à fredonner mais, derrière, il y a beaucoup d'arrangements. La légèreté recouvre une structure plus alambiquée?

C‘est vrai. C‘est comme la pochette, que ma soeur à dessinée: d‘abord on voit un nuage de flèches, très doux, très esthétique mais tout a été fait à la main et il doit bien y avoir 20 000 petites flèches, c‘est complètement barré, presque malsain. J'aime les choses qui paraissent très évidentes au premier abord et qui, en même temps, ne sont pas ce qu'on pense qu'elles sont. J'aime qu'il y ait deux niveaux de lecture dans mes chansons. Elles sont hypercarrées dans le format – c'est couplet, refrain, couplet en trois minutes et parfois même refrain refrain – mais pour moi c'est beaucoup plus compliqué.

 

 

Justement, comment travaillez-vous ?

Je suis assez mauvais musicien même si je touche un peu à tous les instruments, mais en studio, je suis comme un gamin, j'essaie plein de choses. Vincent Delerm avait été surpris par ce côté bordélique: pour le son, j‘aime beaucoup ce qui est improvisé, contrairement à l‘écriture qui est très travaillée. Il faut que ça reste léger, c'est pas comme si j‘étais écrivain...

 

 

Pourquoi tant d'artistes font appel à vous ?

Je ne sais pas. Le plus important est de ne pas essayer de séquestrer le disque de l'autre. Ce sont leurs mots, leur monde, je suis employé, hyper sérieux mais sous leur responsabilité.

 

 

Qu'est ce que vous écoutez en ce moment?

Je n'ai jamais été boulimique de musique. J'ai passé une licence de musicologie pour me rattraper mais ce n‘est pas pareil. J‘avoue que je ne connais pas bien non plus la scène de Berlin, j'y vis en partie mais je connais surtout les 4 rues autour de chez moi (à Kreuzberg)...

 

 

Est-ce que vous voyez une différence entre les publics français et allemands ?

Je trouve le public français très poli, très à l'écoute et touchant. Il n'y a pas longtemps, à Bourges, j'étais presque gêné tellement les gens ne disaient rien. Touchant et presque déprimant. En Allemagne, un concert, c'est peut être plus social, les gens parlent et boivent en même temps.

 

 

Vous êtes d‘origine suédoise et allemande, vivez à Paris et à Berlin et chantez en anglais...

Oui, l‘anglais, c‘est un peu ma deuxième langue et les textes me viennent directement dans cette langue. Je crois que ce serait presque incestueux de chanter en suédois…Je ne sais pas, j‘ai un rapport assez bizarre avec mon pays, à la fois très familier et très étrange. C’est ça que j'ai essayé de transcrire dans mon album. Je paie mes impôts en Suède et j‘y retourne mais, depuis des années, avec les concerts, je suis toujours à droite à gauche. Alors que je n‘aime pas voyager... Du coup, je me sens un peu en décalage par rapport à l'actualité française ou allemande, j'ai l‘impression qu'il me manque un «background culturel». Sur scène, je ne suis pas forcément la personne la plus apte à parler... [il hésite, cherche ses mots]... de ce qui va vous tomber dessus lundi matin (7 mai).

 

 

Propos recueillis par Damien Dubuc

 

Voir aussi :

>> 5 Hushpuppies dans le vent des sixties





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