

Quand on dit Siemens, on pense téléphone, machine à laver, ordinateur… mais sûrement pas maison, stade, et encore moins piscine. Et pourtant… Implantée depuis 1897 à l’ouest de Spandau, au Nord-Ouest de Berlin, une cité ouvrière qui porte depuis 1914 le nom de « Siemensstadt », abrite le plus ancien mais aussi le plus gros centre de production et d’innovation de Siemens. Aujourd’hui encore, le premier groupe européen de haute technologie fait partie intégrante de Berlin… une dose de paternalisme en moins.
Siemensstadt, la fin d’une ère ?
Siemensdamm Station, tout le monde descend. Dès la sortie de la bouche de métro, les briques rouges des bâtiments précurseurs du « Bauhaus » indiquent le début d’une ville dans la ville : Siemensstadt. Pour attirer les ouvriers, Siemens est allé jusqu’à concevoir une petite ville. Au bord de la Spree, un poil en retrait au Nord-Ouest de Berlin, tout a été pensé pour vivre à plein temps sur un seul terrain. Des habitations collectives modestes mais mignonnettes, aux magasins alimentaires, il fût une époque où Siemens avait la main-mise sur absolument tout, jusqu’aux installations sportives ! Le management selon Siemens…
Rencontrée au détour d’un jardinet, Helga Uschkureit est arrivée dans les années 70 pour suivre son mari, un des quelque 60 000 ouvriers de Siemens à cette époque. Elle mentionne avec fierté la liste de ce que l’entreprise avait mis en place pour faciliter la vie de ses travailleurs, de la prise en charge des enfants dans les Kindergarten à l’existence d’une caisse-maladie pour les ouvriers… Du haut de ses 74 ans, c’est avec la même intensité qu’Helga profite de la Siemensstadt. Une île ? « Mais oui. Ici, il y a de la verdure et du silence. Les contacts se limitent à l’intra-muros, mais l’ambiance est toujours aussi bonne. On fête Noël, on se retrouve pour boire un Glühwein... ».
Entre temps, la ville a largement ouvert ses portes, et continue d’attirer de nouvelles têtes. Herr Temiz, gérant d’un supermarché de la chaîne de distribution alimentaire allemande « Edeka », est installé depuis 11 ans dans le royaume du géant allemand « Je dirige mon magasin sans aucun lien avec Siemens, même si c’est à eux que je paye mon loyer ». Quelques mètres plus loin, un jeune Turc avoue ne venir à Siemensstadt que pour profiter du terrain de foot. Comme quoi, le côté autarcique de la petite ville ne freine pas les nouveaux arrivants. Herr Temiz confirme: « C’est l’été que je fais mon meilleur chiffre d’affaire, quand les touristes affluent, alléchés par le simple nom de Siemensstadt ». Une chose est claire : Siemensstadt plaît toujours.
De Siemensstadt à Siemens
Pourtant, avec un taux de chômage qui s’élève à 20% auquel s’ajoute une politique de rigueur salariale de Siemens, l’ancienne cité ouvrière n’a rien de très glamour. Mais en s’appuyant sur des mots-clés comme "technologie" ou "innovation", l’aura de Siemens n’est pas prête de s’éteindre, notamment auprès des jeunes. Là encore, tout est prévu pour eux : après trois ans et demi de formation dans les locaux, les étudiants peuvent espérer faire partie à leur tour du groupe mondial. Tout juste sorti d’un des cours, un jeune « Azubi » approuve : « Une formation chez Siemens, appréciée pour la qualité de ses intervenants, constitue une véritable carte de visite pour un apprenti comme moi ». Résultat, si le mythe de la Siemensstadt est un peu dépassé, celui de Siemens est encore d’actualité. Sans compter que les produits innovants « made in Germany » ont fait de l’Allemagne le champion mondial des exportations.
Sabine Géli