« Je veux continuer à partager un verre avec le public après mes sets »
Jennifer Cardini est en Allemagne comme chez elle. Cette djette niçoise, installée à Paris depuis 10 ans, enchaîne une bonne dizaine d'allers-retours par an. Cologne, Francfort, Rostock et bien sûr Berlin, autant d'adresses où elle est venue poser ses platines pour le plus grand plaisir du public allemand, qu’elle reconnaît exigeant.



A quelques heures de son set, elle nous reçoit dans l’arrière salle du Watergate autour d’une vodka pomme.
Pour les gens qui ne vous connaissent pas, comment décririez-vous votre musique ?
Ma première claque électronique, je l'ai eu à 17 ans, quand j'ai découvert dans mon walkman « Selected Ambiant Works volume 2 » d'Aphex Twin sur la face B d'une cassette qu'on m'avait prêtée. Cette scène de « l'eletronica » a été ma première influence. Ensuite, j'ai été très attirée par le son de Detroit, Jeff Mills, Carl Craig. Je trouvais ça génial de mélanger les styles de Kraftwerk et d'Afrika Bambaataa. Ça donnait une techno plus mélodique, un peu nostalgique, aux ambiances froides. Après, je me suis rapprochée de la scène de Cologne : la « minimale ». Finalement, je crois que mon style traverse toutes les influences de la musique électronique. J'essaie de rester le plus large possible. J'ai aussi des influences étrangères à la musique électro, des trucs que j'écoutais avant, genre The Cure ou Nirvana, Radiohead ou même des morceaux de musique classique. Je prends aussi beaucoup dans le hip-hop. En ce moment je finis mes sets avec Justin Timberlake !
Qu'est-ce que vous pensez du public berlinois ?
Il y a dix ans, lors de mes premiers passages au Trésor, les gens étaient assez froids. En fait, les Berlinois ne s'intéressaient pas encore aux nouveaux sons de Cologne. Ici, les gens ont une véritable culture de la musique électronique et sont parfois presque blasés par l’offre permanente de musique de qualité. A Paris, la scène de la musique électronique est beaucoup plus confidentielle et les têtes affiches sont rares, du coup les gens sont plus enthousiastes, plus réactifs il me semble. J'ai la grande chance d’être invitée dans les grands clubs berlinois comme le Watergate ou le Panorama Bar. Beaucoup de Français pensent venir à Berlin et devenir DJ, mais ici, c’est encore plus dur qu'ailleurs, car il a y une concurrence terrible. Du coup, ceux qui réussissent prennent parfois la grosse tête. Moi, je veux juste continuer à pouvoir partager un verre avec le public après mes sets…
Et si tu devait proposer à quelqu'un de chanter sur ta musique, à qui tu t'adresserais
Serge Gainsbourg ! Ça serait chouette d'ailleurs qu'il m'écrive aussi les paroles…J'aime bien la voix de Lisa Gerard, Kate Bush ou Thom Yorke par exemple. Mais ça fait très prétentieux d'espérer travailler avec ces gens-là !
Une de tes amies DJ, Miss Kittin, a longtemps habité à Berlin. Te verrais-tu, toi aussi, poser tes valises ici ?
Oui et non. C'est vrai que la qualité de vie ici est incroyable. L'espace, le prix des choses. En plus, les Allemands me paraissent beaucoup plus posés que nous, je n'ai encore jamais vu une bagarre dans la rue par exemple. D'un autre côté, le centre de la capitale, Mitte, me paraît minuscule. Et puis je reste quand même très française, très parisienne aussi. Pas possible de renoncer au fromage, même si je trouve que les allemands mangent très bien, bio et tout. Je pourrais sûrement venir m'installer ici, un petit moment en tout cas…
Jennifer Cardini sera le 5 mai à l'InterKlub de Rostock - Allemagne
Propos recueillis par Eve Minault et Wilfried Védrine
www.jennifercardini.com
myspace de Jennifer Cardini
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