« Frankreich-Krankreich » ou encore « « Qui gouvernent les ingouvernables ? » : de la Berliner Zeitung en passant par le Stern, la couverture de la campagne présidentielle a été impressionnante mais les commentaires souvent négatifs.
La presse allemande dresse le portrait d’un pays frileux, replié sur lui-même et qui s’offre un orgasme tricolore pour compenser une virilité qui laisserait à désirer. La France est perçue comme un pays irréformable et sclérosé. La Westdeutsche Allgemeine Zeitung a même parlé d’un « Sanierungsfall » reprenant l’expression d’Angela Merkel (avant son élection) sur son propre pays.
Et si la presse allemande dresse un bilan désastreux de l’ère Chirac parlant de « stagnation à la Brejnev », elle ne croit pas à une amélioration au terme d’un combat électoral qui n’a pas convaincu. Populisme et démagogie ont été pour les commentateurs les deux mamelles des candidats grâce auxquelles ils ont nourri leur campagne sans proposer de réformes crédibles pour tirer le pays de l’ornière.
L’image de la France est égratignée. « Vivre comme Dieu en France » : la bonne vieille ritournelle des francolâtres ébahis a du plomb dans l’aile. Les Jeanette, Claudette et autres baguettes de naguère ne font plus recette.
La « déclinologie » à la française a envahi l’Allemagne. A l’inverse, les indigènes, eux, reprennent du poil de la bête. Les champions de la sinistrose retrouvent le moral ; ils ont donné au monde l’été dernier l’image d’une nation décomplexée, accueillante et qui sait faire la fête, malgré les clichés éculés.
L’Allemagne n’a plus les yeux de Chimène pour le Rodrigue gaulois sur le retour. Le vieux beau, lui, découvre des atours jadis méconnus à sa voisine. Le modèle allemand de l’après-guerre respecté voire envié avait pris l’eau dans les années 90. Entre-temps, l’Allemagne a repris un second souffle et les Français louchent mi-étonnés mi-choqués vers un voisin qui bouge. L’agenda 2010 de Gerhard Schröder a impressionné en France, même si une telle réforme aurait conduit à la réintroduction de la guillotine pour son auteur…
Depuis c’est la Merkelmania qui sévit en France. Des collègues français venus couvrir le sommet européen de Berlin en mars voyaient tous dans la chancelière la Jeanne d’Arc seule capable de sauver l’Europe. Finalement, la « grande nation » a encore quelques grands classiques qui s’exportent.