« Munich est mon meilleur moyen de contraception »
9 garçons, 9 filles, 9 possibilités. Ou, en un film trois mouvements : le premier, très rapide, sert à présenter les personnages. Une minute pour chacun, suffisante à peindre la détresse affective de ces célibataires, telle cette femme qui essaie sa robe de mariée – sans mariage en vue – et cet homme qui se fait virer en pleine nuit de l’appart de sa one-night-stand parce qu’il souhaite dormir en la serrant dans ses bras. Mystère, ces gens sont tous beaux et talentueux, et pourtant ils sont seuls. Solitude et anonymat des grandes villes : « Munich est mon meilleur moyen de contraception », se plaint une des protagonistes.
Deuxième mouvement : le speed-dating. Nos 18 héros, assis en deux rangés se faisant face (un homme pour une femme), ont cinq minutes pour faire connaissance, à l’issue de quoi un arbitre joue du sifflet et la rangée d’hommes se décale d’un cran, et la valse de la/du nouvel/le inconnu/e continue.
Troisième mouvement (bienvenu car on commençait à trouver le temps long) : le vrai rendez-vous avec l’élu/e coché/e sur la liste (« Moi je les ai toutes cochées », avoue le manager, « c’est important le feed-back ») et qui a accepté que vous receviez son numéro de téléphone par la poste (enveloppe bleue pour les garçons, rose pour les filles). Après quelques quiproquos, et une ou deux déceptions, des histoires d’amour se forment, diable, il fallait y penser.
Shoppen, clin d’œil à la pièce Shoppen & Ficken de Mark Ravenhill qui était un champ de bataille philosophique soumis au tir croisé de la misère sociale, née d’un besoin d’amour insatiable, et débouchant sur la drogue, la prostitution homosexuelle et par-dessus tout le fric, en est pourtant une version édulcorée : on a enlevé le Ficken et il ne reste que le Shoppen. On consomme, on consomme, et même l’amour sera consommé (« Comme un gin tonic, explique un Don Juan en chemise rose bonbon, sauf que le gin tonic, au moins, il se laisse consommer sans donner son avis ») tout ça dans un rythme effréné laissant trop peu de place à la profondeur.
Ralf Westhoff, dont c’est le premier long métrage, semble avoir un bel avenir de réalisateur devant lui. Il ose même quelques audaces esthétiques, tels ces plans dans l’immense pièce blanche très feng-shui du Speed-dating, semblable au parloir d’une prison, où la tête de l’acteur se découpe dans le coin en haut à gauche de l’écran. Mais pour cela, il devra éviter l’humour à tout prix (cf : la scène de « sexe » entre la diététicienne et l’ours des montagnes) et oser la gravité. Car finalement, Westhoff réussit cette prouesse, nous faire rire en même temps qu’il nous ennuie. Une comédie plutôt légère donc, à voir entre amis, célibataires ou non.
Céline Robinet
Shoppen, de Ralf Westhoff, All, 2006. Sortie le 3 mai