

Le 1er mai révolutionnaire en Allemagne, c’était à Kreuzberg il y a 20 ans. Autonomes et antifas invitent à une commémoration participative et appellent à la mobilisation conte le G8 qui aura lieu en juin à Rostock-Heiligendamm.
Rendez-vous est donné à 18h, Lausitzer Platz, là où eurent lieu les violents affrontements entre manifestants et policiers le 1er mai 1987, là où les Kreuzbergeois reçurent leur étiquette de révolutionnaires et de casseurs. Le gouvernement CDU d’alors durcissait sa politique sécuritaire en vue des «750 ans de Berlin», il était question de recenser la population et le QG de la gauche venait d’être fouillé.
Aujourd’hui, la Révolution n’est plus qu’un souvenir crié au mégaphone. Contre Hartz IV, pour un salaire minimum, contre l’intervention en Afghanistan. Les photographes seront nombreux, on boira sous le soleil et on visitera les stands de «myfest» (1), kermesse sponsorisée par le quartier et le Sénat de Berlin. «Les habitants du quartier ont longtemps soutenu les manifs du 1er mai, casse ou pas», explique Dieter Rucht, sociologue au centre de recherches en sciences sociales berlinois (2). «Mais depuis 2003, les bagarres les fatiguent et leur message est plutôt ‘laissez nous tranquilles, organisez votre manif politique mais ne fracassez pas le Kiez’.»
La révolution est avant tout culturelle. Les équipes «anti-conflit» aident les habitants, tandis que les gauches revendiquent une repolitisation du 1er mai. Même la nuit de Walpurgis du 31 avril au Mauerpark ou sur la «Boxi» n’est plus ce qu’elle était : plus de canettes à lancer, plus de barbec ni de voitures à allumer.
Espérons que les sorcières du Harz, elles, peuvent toujours «danser le mai» nues autour du feu et que les communes de Bavière, Württemberg et Rhénanie sont encore autorisées à se chiper mutuellement leur «arbre de mai» dans la joie et la bonne humeur - sans parler de Révolution ou de G8.
Charlotte Noblet
(1) www.myfest.de
(2) Berliner Wissenschaftszentrum für Sozialforschung