
On connaît tous Odette et Giselle, mais qu’en est-il de Sylvia, la nymphe de Diane ? Entrée au panthéon des plus grandes héroines du ballet classique, son absence faisait défaut à Berlin. Le Staatsballett a remanié son tir pour vous toucher en plein cœur : rendez-vous pour une première le 28 avril au Deutsche Oper.
Au temple de la danse, la joute s’annonce divinement musclée. Les muses de la pirouette se sont armées d’un accessoire atypique : au placard tambourin d’Esmeralda et éventail de Kitri, de Don Quichotte, cette fois ci, c’est l’arc de Sylvia qui est de sortie ! Polina Semionova, la prima ballerina en répétition, se délecte de tant de tendresse chez une chasseresse. Mi-femme fatale, mi-femme-enfant, une intense sensualité transparaît dans ses moindres gestes… Prise au jeu, la danseuse étoile a même cassé son arc lors d’une répétition ! Une interprétation au diapason du caractère de Sylvia : vouée à la chasteté, déchirée entre vulnérabilité et agressivité, l’envoûtante nymphe défie Eros en tombant amoureuse du berger Aminta et provoque la colère Diane. Elle devra braver de multiples péripéties pour finir dans les bras de son tendre amant. Ô combien impossible, l’amour n’en reste pas moins béni des dieux… Le mythe donna naissance à un ballet et avant tout à une splendide partition de Léo Delibes, à propos de laquelle Tchaïkovski aimait dire : « Si j’avais eu vent d’une telle magnificence symphonique, Le Lac des Cygnes n’aurait pas vu le jour ! »
Même nom, même livret mais Vladimir Malakhov, directeur du Staatsballett, ne s’y est pas trompé : c’est la version revisitée par Frederick Ashton que vous découvrirez avec lui. Ce chorégraphe anglais de génie remonta pour le Royal Ballet en 1952 un Sylvia dépoussiéré de tout maniérisme pompeux. Le style Ashton appartient pourtant au classicisme britannique. Rébarbatif, me direz-vous alors ? « Loin s’en faut ! », rétorque le danseur Christopher Newton. Retraité du Royal Ballet et interprète en son heure de gloire de ballets d’Ashton, c’est lui qui a été chargé de remonter l’œuvre avec le Staatsballet. Depuis la mort du chorégraphe, il ne cesse d’œuvrer corps et âme pour la survie de son répertoire.
Une première à Berlin, à la hauteur des premiers danseurs : V. Malakhov et P. Semionova (rétablie de sa blessure pour notre plus grande satisfaction !) confronteront leur talent à un grand ballet de répertoire, vivier de rôles à la technique complexe et l’interprétation subtile. D'après 'Fig Newton', « un travail de pieds précis et rapide, des mouvements du haut du corps souples et coulants : Ashton, c’est un état d’esprit difficile à transcrire en mots. Un tel raffinement ne peut que s’observer. » Ou assurément éblouir !
Léa Chalmont
Au Deutsche Oper (Berlin)
Le 28.4 et le 1er mai à 18h, et les 4, 14, 22, 25 et 30.5 et le 7.6 à 19h30