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Image: Jan-Peter Tripp / Gravure pointe sèche sur cuivre.

Martin Kölbel, journaliste et auteur, vient de publier Ein Buch, ein Bekenntnis, Die Debatte um Günter Grass’ Beim Häuten der Zwiebel, dans lequel il analyse la polémique qui a éclaté en Allemagne après l’aveu de Günter Grass sur son enrôlement en 1944 dans la division blindée Frundsberg.

 

 

 

Grass n’a jamais caché avoir été soldat et prisonnier de guerre, avoir cru en la victoire finale de l’Allemagne, avoir considéré les camps de concentration comme de la propagande américaine… Pourquoi les réactions ont-elles été si violentes à l’aveu de ce petit détail ignoré : la division à laquelle il appartenait était une division SS?

Grass a toujours irrité, il a souvent pris position de manière très provocante, et défendu des opinions qui inquiétaient l’intelligentsia. Cela tient à la manière dont il comprend son engagement politique : il s’immisce dans des domaines dans lesquels il n’a pas la connaissance d’un expert, et il ne s’exprime pas non plus de la position de celui qui peut prendre des décisions. Ce faisant, il heurte, il choque.

 

On lui a reproché ; d’avoir mis en scène sa confession. Dans le Stern, Thomas Osterkorn rappelle que l’éditeur avait envoyé 400 exemplaires de Beim Häuten der Zwiebel à la presse et aux libraires et que personne n’a réagi à l’aveu, finalement assez marginal dans le roman. Ce n’est qu’après l’interview publiée dans la FAZ en août 2006, avant la parution du livre, que la presse s’est emparée de l’affaire. Grass avait-il besoin de l’attention générale ?

Quand on regarde la chronologie, ce n’est pas le cas : la décision d’accorder une interview exclusive à la FAZ a été prise en avril 2006, soit bien avant l’envoi des 400 exemplaires… Soit dit en passant, il s’agit là de techniques de com’ courantes dans le monde de l’édition.

 

Dans votre livre, vous reproduisez le dossier de la division SS Frundsberg portant le nom de Günter Grass. Un peu de fiction : est-il possible que quelqu’un ait été sur le point de tomber sur ces archives, ce qui a poussé l’écrivain à la confession ?

D’abord il faut se demander : qui va fouiner dans les archives ?

 

Un des biographes de Grass, un journaliste du Bild-Zeitung ?

Les journalistes du Bild ne vont pas dans les archives. Les archives sont pleines de précieuses informations mais personne ne se donne la peine d’aller fouiller là-dedans, je parle d’expérience, on y trouve des choses très intéressantes et on se demande pourquoi elles n’ont jamais été rendues publiques.

 

Votre livre sort chez Steidl, la maison d’édition de Günter Grass. Peut-on croire en son objectivité ? N’est-ce pas un nouveau « coup de pub » de l’éditeur ?

Quand l’éditeur m’a demandé de faire ce livre, je n’étais pas sûr… Ensuite, ça m’a intéressé de livrer un contrepoids significatif face aux débats indignés et à l’hystérie. Cette affaire touche à des problèmes plus généraux, des dynamiques de médias, des questions de morale de la société allemande, comme par exemple la valeur de la critique sociale à l’heure actuelle. Il semble que la société a besoin de voir tomber régulièrement un bouc-émissaire pour se sentir moralement détachée d’elle-même… J’ai toujours beaucoup réfléchi aux mécanismes médiatiques, et ma mission a toujours été de m’en méfier, ainsi que des mécanismes du monde de l’édition, dont un des buts est, évidemment, de faire de l’argent. Pourtant, je sais que je fais partie de ce monde, ce serait arrogant de prétendre le contraire. Quant au « coup de pub : les coûts de fabrication de ce genre de livre de poche dépassent largement les recettes.

 

Dans son roman, Grass parle d’un certain Joseph, très dévot, avec lequel il aurait été en captivité pendant la guerre, jouant avec l’hypothèse qu’il s’agisse de Joseph Ratzinger…

Oui, le porte-parole du Vatican a informé que le pape ne souhaitait pas se prononcer sur ce fait.

 

 

 

Propos recueillis par Céline Robinet

 

Martin Kölbel, Ein Buch, ein Bekenntnis, Die Debatte um Günter Grass Beim Häuten der Zwiebel, Steidl Verlag, 2007








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