Claude Porcell est traducteur. La voix française de Günter Grass dans « Toute une histoire »,
« Mon siècle », « En Crabe », ainsi que « Beim Häuten der Zwiebel », qui sortira en automne aux éditions du Seuil.
Günter Grass considère ses traducteurs comme sa famille la plus proche, ce sont « ses lecteurs les plus attentifs ». Avez-vous pu faire appel à lui en cours de traduction?
Oui. Il réunit ses traducteurs, de manière très conviviale, pour chaque livre. En décembre 2006, c’était ici, à Lübeck : on prend le livre à la première ligne, on le lâche à la dernière, et on pose toutes les questions qu’on veut. Les traducteurs dans les langues romanes, slaves, germaniques, discutent beaucoup entre eux. C’est sans doute pour le chinois et le japonais que c’est le plus délicat. Et puis ensuite on reste en contact en permanence pendant le travail.
Avez-vous rencontré des difficultés particulières pour la traduction de ce roman ? Par exemple le titre, normalement en allemand on aurait tendance à dire : « Beim Schälen der Zwiebel». Le choix de «Häuten » n’est pas anodin, c’est à la fois poétique et animal.
La question du titre était en effet difficile. Etant donné les connotations grossières de l’oignon en français, et de l’expression « se peler l’oignon », j’ai choisi, en accord avec Günter Grass, « Pelures d’oignon ». On perd le dynamisme - mais Grass n’y tenait pas absolument, et puis on se retrouve dans la gastronomie, avec un petit rosé léger.
Comment êtes-vous venu à bout de la difficulté du chapitre 2 dans lequel Grass joue avec l’analogie sémantique en allemand de Schulden et Schuld ?
Difficile encore. Grass m’a dit de mettre plusieurs mots si nécessaire. Comme pour Schande / Scham, j’ai joué sur honte / remords, dette / dette morale / culpabilité.
Propos recueillis par Jérôme Silène