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21 avril 2002 : le résultat est tombé, Jean-Marie Le Pen affrontera Jacques Chirac au deuxième tour de l'élection présidentielle. Pour les Français établis hors de France, le choc est aussi fort que dans le pays natal. Cinq ans plus tard, à quelques jours du premier tour, l'excitation est palpable dans les comités de soutien. Un lundi soir, dans une pizzeria à deux pas de l´ambassade de France à Berlin, la section PS locale organise un « café-citoyen ». Au programme : le point sur les modalités de vote à l'étranger, suivi d'un débat. Autour de la grande tablée en U, une dizaine de personnes, de 20 à 60 ans, de gauche, mais pas que. Un jeune homme a posé devant lui, en évidence, « Histoire des droites », histoire qu’on ne se méprenne pas sur sa couleur politique. De temps à autre, il lève la main pour prendre la parole, et ses relances sur l'appropriation par Ségolène Royal du drapeau français et de la Marseillaise ne manquent pas de pimenter le débat.

 

Les Français de l´étranger se sont invités dans la campagne électorale. Du côté des « expats », l'enjeu est de taille. Pour la première fois, l'occasion se présente de démontrer leur force électorale. Une occasion à ne pas manquer pour espérer faire entendre les revendications des Français établis en Allemagne, toutes familles politiques confondues, de la baisse des frais de scolarité dans les établissements français à l'aide au retour en France, entre autres. Paul Clave, vice-président pour le monde de l'UFE explique cet intérêt subit pour les Français de l'étranger par ce qu'il est convenu d´appeler « l'exemple italien » : « Lors des dernières élections, Berlusconi a perdu à cause du vote des Italiens de l’étranger. Jusqu´à 23h, il était donné gagnant. A 4 h du matin, les résultats du vote des Italiens hors Italie sont tombés, et Romano Prodi a gagné ». Certes les Italiens de l´étranger représentent 1,9 million de votes. Mais les 900 000 voix des Français de l´étranger, - soit plus du double d´inscrits sur les listes consulaires depuis 2002 -, ne sont pas négligeables.

 

A gauche comme à droite, on compte maintenant sur les 56 528 Français inscrits sur les listes électorales allemandes pour aller voter. Car l'abstention est traditionnellement forte. En 2002, le taux de participation en Allemagne s'élevait péniblement à 37 % au premier tour et 45 % au second. « Cette campagne n´avait passionné personne », se souvient Paul Clave. Huguette Meixner, la présidente de la section PS de Berlin renchérit : « C´était une campagne traditionnelle, sans internet, juste le matériel habituel et les réunions de sections. A l'époque, on a été plus spectateurs qu'acteurs », regrette-t-elle. Pour expliquer l'abstention, elle pointe aussi du doigt les difficiles modalités de vote : « Imaginez un peu, les bureaux de votes de Berlin couvrent le Brandebourg, la Saxe-Thuringe, la Saxe-Anhalt et le Mecklembourg ! Et les Français de Brême, de Basse-Saxe et du Schleswig-Holstein doivent se déplacer jusqu'à Hambourg !» Autres possibilités : aller à Francfort, Düsseldorf, Munich, Sarrebrück ou Stuttgart (source Ministère des Affaires Etrangères). Du coup, la mobilisation se doit d’être à son comble. Face à la dizaine de militants UMP réunis dans un grand appartement pour organiser les derniers jours de campagne et le premier tour, Paul Clave rappelle, solennellement, « surtout dites à tout le monde d´aller voter, même si c´est à gauche, c´est très important. Et récupérez les procurations de ceux qui ne pourront pas, chaque personne a droit à deux ! ».

 

Aujourd'hui, la mobilisation est plus importante. Le PS compte 200 militants sur l'Allemagne et cinq sections, Berlin, Francfort, Düsseldorf (« elle n´existe que depuis deux ans mais elle est très active », selon Meixner), Munich et Landau. Avec la vague d'adhésions au parti à 20 euros, la section de Berlin s’est rajeunie et avec elle, le lancement d´une plus grande action sur le terrain. Rajeunissement également dans les rangs de l´UMP (qui compte 364 militants établis en Allemagne et des sections à Berlin, Francfort, Cologne, Düsseldorf et Fribourg). Marion, 20 ans, explique son engagement sur le terrain avec enthousiasme : « Je suis militante depuis septembre 2005. A Berlin en Erasmus, j'ai naturellement pris contact avec la section locale. » 2007 est la première élection présidentielle de la jeune fille. « Mon projet professionnel (travailler dans la politique et les finances, NDLR) dépend des élections. J’ai envie de travailler beaucoup, et longtemps. Je ne suis pas sûre de pouvoir le faire si Ségo ou Bayrou passent. » Quant aux partisans de François Bayrou à Berlin, ils se sont regroupés spécialement pour cette campagne, sur l'initiative de Philippe Dialo.

 

Dans chacun des camps, personne ne doute du succès de son poulain. D'après Huguette Meixner « Cette campagne est totalement différente. Il y a une autre dynamique : un effet Ségolène… » Pour Paul Clave, la tendance pourrait se renverser :

« A Berlin, la pilule du non au référendum est dure à avaler. Ségolène devrait quand même terminer devant mais Sarkozy va la talonner, l'écart sera beaucoup moins grand qu´en 2002 », qui avait vu Chirac à 16,3 %, loin derrière un Jospin à 31,8 %. Premiers éléments de réponse le 22 avril. Aux urnes, citoyens !

 

 

Sonia Gonzalez








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