Pour une dizaine de milliers d’euros par an, la Hertie-School propose à une poignée d’étudiants de débattre autour de la table ronde de
l'ancien cabinet de Gerhard Schröder ou de boire le café dans l’ancien bureau personnel d´Erich Honecker. Forcément, on se laisse impressionner par les trente millions investis pour sa rénovation. Le majestueux portail tout d’abord, fraîchement redoré, ou ces vitraux XXL qui exposent des scènes de vies idéalisées du socialisme. Un peu plus loin, les lustres made in RDA côtoient les installations high-tech, le tout dans un écrin rouge et blanc, où l’utilisation du bois naturel est omniprésente.
Sur les étagères, aucun livre. Dans les couloirs, pas un bruit. Même les pelouses sont désertes. Le campus n’exploite pour l’instant que la moitié de l’espace qu’il loue à la ville. Mais à partir de la rentrée prochaine, 180 étudiants devraient y étudier. Paradoxalement, l’air manque dans ces grands couloirs vides où l’on se sent si petit. La vie, aussi. Pourtant, sur le fronton du hall d’entrée, trône encore au-dessus des têtes de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg l’inscription : « Et si nous survivons, si nous y arrivons, la vie sera notre programme. L’humanité salvatrice règnera sur le monde ». Sur le mur voisin, leurs noms gravés dans le marbre en lettres dorées, les entreprises ayant soutenu la création du campus en ricanent encore…
Eve Minault