
Malgré la volonté du gouvernement de faire de l'intérim un remède contre le chômage, les « Personal Service Agenturen » (PSA) introduites en 2003 par la loi Hartz I ne rencontrent pas le succès escompté. En moyenne, seul un intérimaire sur trois est embauché après sa mission temporaire.
Tout le monde connaît les publicités « super glue » : 3 points de colle suffisent pour faire se balancer une voiture au bout d'une grue. Certains économistes se sont aussi entichés de l'« effet colle », « Klebeeffekt » en allemand, selon lequel, une fois admis dans une entreprise le travailleur intérimaire s'accroche très fort et tend à y rester. Cette théorie ne souffre que d'un défaut : 2 fois sur 3, la voiture s'écrase en bas.
En 2003, les réformes du marché du travail Hartz I ont créé les « Personal Service Agenturen » (PSA). Ce sont des agences, le plus souvent privées mais sous la houlette des agences locales pour l'emploi, dont l'objectif est de placer en intérim des personnes inscrites depuis au moins 6 mois au chômage. D'après les derniers chiffres du IAB - le Institut für Arbeitsmarkt und Berufsforshung, qui dépend de l'Agence fédérale du travail (BA) – c'est un flop. Alors que 500 000 personnes devaient intégrer ce système entre 2003 et 2006, 140 000 chômeurs sont passés entre les mains des PSA, dont seulement 47 000 ont été embauchés à la suite de leur mission (soit 33 %). On est bien loin des 60 % pronostiqués par la Commission Hartz.
Les réformes Hartz avaient notamment pour but de libéraliser l'intérim, secteur encore peu développé en Allemagne – moins de 1,3% en 2003, selon l'IAB, contre 2,6% en France ou 4,5% aux Pays-Bas (en 2001). Et, pour « dynamiser » ce secteur, rien de tel que la bonne vieille méthode de la carotte et du bâton. Les PSA, c'est plutôt le bâton, puisque les chômeurs qui refuseraient les missions proposées peuvent se voir retirer leurs allocations. Et au bout du bâton, la carotte du retour à l'emploi agitée sous le nez des catégories les plus éloignées de l'emploi, les plus de 50 ans et les jeunes sans qualification, notamment. Pour l'heure, les résultats se font attendre.
Tout a pourtant été fait pour inciter les employeurs à recourir aux PSA. Non seulement la législation permet à ces agences de sélectionner les chômeurs, mais elle autorise aussi l'employeur à appliquer des conditions de travail différentes de celles prévues pour les salariés permanents (sauf si le salarié est couvert par une convention collective propre à la branche intérim).
En plus, les PSA reçoivent des primes pour chaque placement réussi. En août 2004, un document de la CDU/CSU estimait que chacun des 15 662 emplois créés depuis l'introduction des PSA avait été subventionné à hauteur de 21 700 euros.
L'une des raisons de l'échec des PSA, explique-t-on au IAB, tient à la mauvaise perception du travail temporaire chez les demandeurs d'emploi. Difficile de leur donner tort. « Les intérimaires ont moins de responsabilités que les permanents, ajoute le Dr. Markus Promberger, du Hans Böckler Stiftung, ils ont moins accès à la formation continue et, à qualification égale, ils ont moins de revenus. » De fait, l'écart de rémunération, qui était déjà de presque 30% en 1990, est aujourd'hui de l'ordre de 40%.
Malgré tout, le secteur de l'intérim en général est en expansion en Allemagne. Après une forte croissance dans les années 90, la progression s'est ralentie. Aujourd’hui elle repart de plus belle. Le Bundesverband Zeitarbeit Personal-Dienstleistungen (BZA), une organisation patronale qui regroupe environ un quart des agences d'intérim, table sur 500 000 intérimaires en 2007 (en moyenne annuelle), soit 60 000 de plus qu'en 2006. Un regain qui tient, pour partie, à la suppression en 2003 de la durée maximale et de la nécessité de justifier le renouvellement des missions d'intérim. Pour partie aussi, aux accords signés entre le syndicat DGB et des organisations patronales, qui fixent un salaire minimum dans le domaine de l’intérim, aux alentours de 7 euros de l'heure.
Mais là encore, en dépit des fanfaronnades du BZA sur Internet, seuls 30% des intérimaires se « collent » à leur employeur pour une durée plus longue que celle de leur mission initiale. Très fort quand on voit sur le même site que 27% des intérimaires avaient déjà un emploi quand ils ont poussé la porte d'une agence. Dommage, quand on sait que seule 1 personne sur 10 revendique l'intérim comme un choix de vie.
Damien Dubuc