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Histoire de ballon, histoire de nation

 

En Allemagne, patriotisme et football ont partie liée. Depuis l’après-guerre, le ballon rond a influencé, parfois même incarné l’identité du pays. Il faut dire que la dramaturgie est excellente : les victoires au Mondial ponctuent avec régularité les grands moments de l’histoire allemande. Et finissent par tempérer les conflits qu’ont les Allemands avec leur identité nationale.





 

L’équipe miraculeuse

 

En 1954, l’Allemagne moderne trouvait son mythe fondateur dans la victoire inespérée des « onze braves amis » du « General » Sepp Herberger, face à des Hongrois partis favoris en finale de la Coupe du monde. Neuf ans après la capitulation, les Allemands avaient enfin une raison d´être fiers. La suite est connue : en l’espace de quelques années seulement, le pays paria devint une des économies les plus performantes du monde et trouva sa juste place dans l’échiquier géopolitique de la Guerre froide.
Cependant, malgré le miracle économique, l’ombre du troisième Reich était encore présente. Etre « Deutsch » restait un sujet sensible, souvent récupéré par la droite réactionnaire, qui, dès le début des années soixante, commençait à se réorganiser au sein du NPD (Parti National-démocratique allemand). Dans ce contexte, la révolte de Mai 68 fut un tournant. Le soulèvement de la première génération née après la guerre, souvent appelé la « seule vraie révolution allemande », se fixait pour objectif de rompre définitivement avec toute nostalgie cachée. C’était la génération des futurs politiciens Gerhard Schröder, Joschka Fischer et Otto Schily, mais aussi des footballeurs emblématiques comme Günter Netzer, Paul Breitner ou Franz Beckenbauer.

 

 

L’équipe la moins allemande

 

L´équipe qui emportait son deuxième Mondial à Munich en 1974 était à l’image du pays : individualiste, révoltée et dotée d’un jeu très technique. Très loin du collectivisme combatif typiquement germanique des héros de 54, c‘était l‘équipe la moins «  allemande » de tous les temps. Même si l’anti-patriotisme virulent des soixante-huitards peut parfois sembler excessif, il fut l’un des fondements de l’Allemagne moderne. Les antagonismes entre le nazisme caché de l’après-guerre et l’anti-germanisme des jeunes révoltés menaient finalement, par un mouvement d’allers-retours, à la normalité : oui, on peut être Allemand et aimer son pays sans tomber dans le piège nationaliste d’autrefois.

 

 

L’équipe la plus heureuse du monde

 

Cette normalité s’est affirmée pour la première fois lors de la réunification en 1989, alors que le Chancelier Kohl qualifiait les Allemands de « peuple le plus heureux du monde ». En 1990, une nouvelle victoire éclatante scelle la réunification allemande. Malgré des craintes à l’étranger, ce peuple n’acclamait pas un nouveau nationalisme, mais célébrait dans la joie son troisième titre de champion du monde. Aujourd’hui, la marée de drapeaux qui flotte sur l’Allemagne reflète simplement la volonté d’un peuple de supporter la « Mannschaft » de Klinsmann - rien de plus. Si ce n’est pas de la normalité, ça !



Daniel Boehm








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